La visite à l'hôpital maritime dura deux longues heures. Mme Poincaré se rendit ensuite à l'établissement Bouville où l'Assistance publique a logé 200 petits garçons abandonnés et à l'établissement Vincent où, dans les mêmes conditions, sont soignées 200 fillettes. Et, partout, la charitable visiteuse laissa, avec un don généreux, le souvenir charmé de ses maternelles paroles et de sa compatissante émotion.
La locomotive a naphtaline.
L'Illustration a donné, dans son dernier numéro, une description de la curieuse locomotive à naphtaline essayée récemment au Havre. Une phrase de cette description pourrait faire croire que nous attribuons à M. Brillié la première application de la naphtaline au moteur à explosion. M. Brillié nous écrit que la priorité de l'emploi de ce carburant revient à MM. Lion et Chenier qui, en 1902, équipèrent une voiture fonctionnant au moyen des boules blanches. MM. Schneider ont, depuis, repris la question en appliquant de nouveaux principes et en utilisant en particulier la naphtaline brute dont le prix de revient actuel est d'environ 80 francs la tonne. Le prix du cheval-heure ressort ainsi à 5 centimes, prix comparable à celui que donnent les moteurs à vapeur.
Les essais du Havre ont été effectués avec le concours des chemins de fer de l'État qui avaient mis à la disposition de MM. Schneider leur wagon dynamomètre, avec tous ses appareils de mesure. On a pu faire ainsi de très intéressantes constatations, qui serviront de guides pour les nouvelles locomotives actuellement à l'étude.
Les pertes a la guerre.
Est-il bien exact, comme on l'a dit ici même en se plaçant à un point de vue un peu exclusif, que les pertes à la guerre ne dépendent que du moral des troupes engagées, les troupes de mauvaise qualité ne subissant que des pertes insignifiantes parce qu'elles disparaissent dès que le combat devient sérieux?
Les poltrons auraient tort de s'y fier. Pour que la fuite puisse les sauver, il faut qu'ils deviennent invisibles et que les balles cessent de les atteindre dans le dos à grande distance, comme le font en terrain découvert les projectiles de l'artillerie. Il faut aussi que la cavalerie ennemie ne puisse venir massacrer sans danger les fuyards, comme la fait après Waterloo la cavalerie des coalisés, comme les Gallas l'ont fait de nos jours après Adoua, et comme l'aurait fait, après Moukden, la cavalerie japonaise si elle avait été plus nombreuse et mieux entraînée.
Il faut enfin que la captivité épargne les fuyards, car la captivité elle-même ne sauve point les vaincus. Qu'on se rappelle la garnison d'El Arish se rendant malgré ses chefs et massacrée après la reddition, les régiments de Dupont capitulant à Baylen après des pertes insignifiantes et périssant presque entièrement de misère et de maladie dans la captivité de Cabrera; qu'on se souvienne des pontons de Plymouth et de Portsmouth. Et l'on ne saurait oublier qu'après Sedan des milliers de prisonniers succombèrent au camp de la Misère dans la presqu'île d'Iges, ou périrent en captivité dans les camps où ils avaient été internés.
Il y a quelques semaines à peine, c'est par dizaine de mille que la faim, le dénuement et la maladie faisaient périr à Andrinople les soldats qui n'avaient pas su conserver à leur pays le dernier boulevard de la Turquie. Sans doute il n'est plus de mode aujourd'hui de massacrer les prisonniers, mais on peut difficilement éviter que ceux-ci soient éprouvés par les privations de toutes sortes et la famine. Il faut prévoir en effet que, après les gigantesques batailles que nous réserve l'avenir, l'exemple d'Andrinople se renouvellera sur une échelle plus grande encore. C'est à grand'peine que les vainqueurs pourront subsister sur l'espace restreint où les opérations auront brusquement accumulé pendant quelques jours un ou deux millions d'hommes; et, quant aux vaincus, ils n'échapperont aux sabres de la cavalerie ennemie que pour succomber à la famine.
Une bizarrerie du cours de l'Eure.