Le cours de l'Eure présente une particularité curieuse. Née entre les forêts de Longuy et de la Ferté-Vidame, cette rivière coule, depuis sa source jusqu'à Thivars, soit pendant 50 kilomètres, dans la direction sud-est. Elle revient alors brusquement au nord-est, puis s'infléchit vers le nord-ouest, parallèlement à la vallée de la Seine. Son cours inférieur suit donc une orientation inverse de son cours supérieur.
D'après les observations de M. François Bochin, signalées à l'Académie des sciences par M. Barrois, cette anomalie provient de ce que l'Eure actuelle est formée en partie par l'ancien cours supérieur du Loir qu elle aurait capté à son profit.
Un tel phénomène géologique est assez rare. On cite néanmoins quelques cas analogues; un des plus intéressants est la capture de la Moselle par la Meurthe, à l'époque lointaine où ces deux rivières communiquaient directement entre elles.
Le papier de sarments
Il y a longtemps déjà que l'on a proposé d'utiliser les sarments pour fabriquer de la pâte à papier; mais jusqu'ici on n'avait fait aucun essai sérieux. Grâce aux études de M. Chaptal, professeur de chimie à l'école d'agriculture de Montpellier, la question semble résolue, et une industrie nouvelle va s'établir dans nos régions du Midi.
Les sarments, après avoir été attaqués par un mélange à chaud et dilué d'acide nitrique et d'acide chlorhydrique, sont broyés et passés au tamis. On obtient ainsi une pâte brunâtre, facile à décolorer par le chlore, et dont les fibres, de longueur très variable, satisfont au principe «que le rapport des dimensions longueur et largeur d'une fibre doit être supérieur à 50, pour que son utilisation à la fabrication du papier soit possible».
Mêlée à de la cellulose de sapin, la pâte de sarment fournit un papier que les professeurs de l'école de papeterie de Grenoble ont reconnu excellent pour l'impression.
Le rendement est, en général, moitié de celui que donne le bois. Ce dernier coûtant environ 7 francs le mètre cube, soit à peu près 2 francs les 100 kilos, on pense que les sarments pourront être payés 10 francs la tonne. Il semble, d'ailleurs, que ce rendement puisse être dépassé; M. Chaptal a tiré des sarments 30% de cellulose, alors que le rendement des bois blancs feuillus, bouleau, hêtre, tremble, peuplier, varie de 29 à 32%.
M. Chaptal a calculé que la pâte produite en un an par les sarments des vignes françaises équivaudrait en quantité à celle que fournirait l'exploitation, par cycles de soixante ans, d'une forêt de sapins de 600.000 hectares.
Sur l'initiative du syndicat agricole de Lézignan (Aude), une souscription a été ouverte dans l'Aude et l'Hérault, en vue de créer des usines de papier de sarment, et l'on espère pouvoir installer, à bref délai, une quinzaine d'usines dans les seuls arrondissements de Béziers et de Narbonne. Chacune d'elles trouverait dans un rayon de 5 kilomètres la matière première nécessaire pour une production annuelle de 4 tonnes de pâte par jour.