Les successions en France.
Le nombre total des successions déclarées dans l'année 1911 a été de 359.133, déduction faite de 12.738 successions négatives, avec excédent de passif. Ce nombre représente presque la moitié de celui des décès. Si l'on tient compte des décès d'enfants, et aussi des très petites successions mobilières en ligne directe, que les héritiers se partagent sans déclaration, on voit que les trois quarts des adultes mourant chaque année laissent un actif plus ou moins important.
Voici d'ailleurs comment se répartissent les successions de l'année 1911:
Montant des successions. Nombres. Sommes.
Fr. Fr.
De 1 à 500 95.522 23.551.413
De 501 à 2.000 91.787 119.126.038
De 2.001 à 10.000 105.966 523.585.874
De 10.001 à 50.000 47 032 993.980.837
De 50.001 à 100.000 7.755 539.326.357
De 100.001 à 250.000 4.878 761.071.426
De 250.001 à 500.000 1.675 587.970.721
De 500.001 à 1 million 882 591.273.726
De 1 à 2 millions 379 532.314.059
De 2 à 5 millions 245 439.897.393
De 5 à 10 millions 30 200.601.397
De 10 à 50 millions 9 233.010.638
Au-dessus de 50 millions. 3 215.978.834
Total 359.163 5.761.721.713
En 1911, le nombre des successions supérieures à un million de francs a été de 666.
On voit que les millionnaires sont maintenant assez nombreux. Le million est en voie de se démocratiser.
LES THÉÂTRES
Dans sa pièce Vouloir, qui vient d'être chaleureusement accueillie à la Comédie-Française, M. Gustave Guiches a entrepris de montrer un professeur d'énergie, une sorte de professionnel de la volonté pour qui «vouloir c'est pouvoir», mais qui éprouve des difficultés à passer de la théorie à la pratique. Sa volonté échouera devant un obstacle imprévu: un conflit d'ordre sentimental, et s'appliquera vainement à vaincre ses passions, à «vouloir» le bonheur de ceux qui l'entourent; il ne saura parvenir à faire des heureux ni à l'être. Cette pièce, toute en finesses, ne manque pas, çà et là, de vigueur; l'ironie et la grâce s'y mêlent heureusement; elle présente des situations nouvelles et fortes. La réalisation scénique en est parfaite avec une interprétation admirablement homogène qui réunit dans le succès les noms de Mmes Sorel, Maille, Devoyod, de Chauveron, Duluc, et de MM. de Féraudy, Grand, H. Mayer, Siblot, Grandval, Numa.
L'Odéon vient de réunir dans un même spectacle deux ouvrages bien différents. Dannemorah, de M. Puyfontaine, est une légende à l'intrigue assez floue. Un vieux roi pleure ses illusions et croit les retrouver à la faveur d'un philtre magique. Les gestes des personnages sont malaisément explicables bien qu'ils s'expriment avec abondance, en vers de belle sonorité.
L'autre pièce, Réussir, est plus claire, plus vivante. C'est une bonne étude de moeurs du monde politique moderne. Un homme, pour «réussir», sacrifie la femme qui l'aime à ses ambitions. M. Paul Zahori, l'auteur de ces trois actes bien construits, a fait preuve de réelles qualités d'observation, d'un sens avisé du comique. Son dialogue abonde en répliques heureuses.