La cigale chanta pendant bien des étés aux Champs-Elysées, à l'Alcazar, à l'Eldorado, près de Darcier, son maître, qu'elle égala par l'expression dramatique. Puis ce furent les brillants engagements à la Gaîté, à la Porte-Saint-Martin, au Châtelet et Thérésa se fit fourmi, thésaurisante et sage. Aussi, la vieillesse venue, avait-elle «de quoi», de quoi la recevoir, en bonne châtelaine, possédant pignon sur plaine, basse-cour nombreuse, jardin fleuri, verger-fruitier.
Elle aimait ce bourg pittoresque de Neufchâtel-en-Saosnois, voisin de l'adorable forêt de Perseigne, sous les ombrages de laquelle on la voyait, il y a six ans encore, conduire un élégant équipage, attelé de chevaux noirs. Parmi tout ce luxe, ce confort et ce calme, un chagrin l'obsédait: la perte totale, absolue, de sa voix.
--J'aurais tant voulu donner des leçons de Marseillaise aux gamins... et à leurs pères, disait-elle, désolée, chanter aux hôtes des «Lauriers» le Bon Gîte, ou simplement pouvoir d'une berceuse--sans paroles--endormir ma petite-fille. Mais rien, plus rien là... Et la grande artiste montrait sa gorge... Alors que tout est là encore!... Et la noble femme montrait son coeur! En parlant ainsi, Thérésa pleurait.
Thérésa, en 1907, dans sa retraite de la villa des Lauriers,
à Neufchâtel-en-Saosnois. Auprès d'elle sa bru, Mme Poëy-Valladon.
--Phot. A. Dolbeau.