Que si dans le délai de quarante-huit heures il ne pouvait forcer le blocus, s'il était surpris en route, le combat s'engageait; puis les hostilités étaient suspendues pendant dix heures, qu'on laissait au parti B pour gagner Ajaccio et s'y établir au mouillage. Et A venait l'y bloquer de nouveau.
Le problème posé aux amiraux en présence était donc celui-ci: une escadre française, bloquée dans Toulon par des forces ennemies, peut-elle forcer le blocus et gagner Bizerte, ou, à son défaut, Ajaccio? Peut-elle, de là, atteindre la Tunisie? En d'autres termes, Toulon et Ajaccio sont-ils suffisamment armés pour permettre à une flotte française d'échapper à un blocus?
L'amiral Marin-Darbel, en échappant à ses adversaires, en gagnant malgré leur vigilance la route de Bizerte, a répondu à cette première question: oui.
[Panorama] assemblé et agrandi
La route du capitaine Scott et ses principaux jalons. Au-dessous du profil perspectif une échelle indique les distances des grande étapes, par comparaison avec celles de la route de Dieppe à Florence, par Paris. Cet itinéraire doit être lu de droite à gauche: la distance du cap Evans au Pôle équivalant à celle de Dieppe à Florence--avec la traversée des Monts de la reine Alexandra remplaçant celle des Alpes, de Chambéry à Turin--on voit que le capitaine Scott et ses compagnons, quand ils sont morts, au retour, n'étaient plus qu'à une distance de leur quartier d'hiver équivalant au trajet de Paris à Dieppe.
LES HÉROS DU POLE SUD
Les photographies de l'expédition Scott, que L'Illustration a l'honneur de publier dans ce numéro, sont des documents uniques dans les annales de l'exploration. Ils évoquent un triomphe glorieux qui fut mêlé d'une affreuse amertume, et une tragique agonie plus glorieuse encore, d'une noblesse, d'une beauté sans tache.
Ces clichés que le capitaine Scott a pris lui-même sur le haut plateau glacé du Pâle Sud, après y avoir planté le drapeau britannique non loin des couleurs norvégiennes qu'avait pu arborer près d'un mois plus tôt son heureux concurrent Amundsen,-ces minces pellicules sensibilisées, on les a trouvées, dix mois après, sous une petite tente presque ensevelie dans la neige, au centre d'un grand désert blanc, à côté des corps raidis de trois héros. Hermétiquement enfermées, préservées de toute lumière, elles seules plongées dans un peu de ténèbres absolues au milieu de tant de blancheurs antarctiques, elles recelaient des images qu'avaient contemplées des yeux maintenant tous clos: de la neige, un campement, un cairn, une étoffe sacrée flottant au bout d'une hampe au souffle du blizzard. Elles contenaient, emprisonné dans leur mystérieuse émulsion, tout le souvenir qui n'était plus dans aucune mémoire, le seul témoignage d'un grand fait géographique et d'un magnifique exploit de la persévérance humaine.