UNE GRANDE OEUVRE LYRIQUE A L'OPÉRA-COMIQUE.
--Mme Marguerite Carré et M. Rousselière au premier acte de
Julien.
Dessin de J. Simont.

Julien, le poème lyrique que l'Opéra-Comique vient de nous révéler, va encore ajouter à la gloire de Gustave Charpentier qui, depuis le succès triomphal de Louise, se taisait dans la retraite et le recueillement. Déjà cette oeuvre apparaît incontestablement comme un autre chef-d'oeuvre. On y retrouve, développé, amplifié, le thème esquissé dans cette Vie du Poète qui fut, on s'en souvient, le premier envoi de Rome du jeune compositeur. Dans ce nouveau drame musical, d'une puissante originalité, le rêve est aux prises avec la vie. On y voit, d'étape en étape, l'artiste vibrer d'enthousiasme pour la Beauté, douter de soi-même et d'autrui, éprouver l'impuissance de l'effort, demander enfin à l'ivresse les illusions qui l'ont abandonné. Ses visions intérieures s'extériorisent et l'accompagnent quand, s'évadant de lui-même, il demande en vain la paix et l'oubli à la nature, ou cherche à s'étourdir parmi la foule frénétique des faubourgs. Ces sentiments contradictoires, ces situations qui s'opposent, ce mélange de matérialisme et d'idéal, ces aspirations d'amour et de gloire, ces espoirs suivis de désenchantements, ces beaux élans d'une âme ardente, généreuse, passionnée, errant parmi les paysages du monde réel et chimérique, sont exprimés avec une grandeur, une noblesse, une spontanéité, un lyrisme profondément émouvants. Cette oeuvre magistrale, superbement présentée par l'Opéra-Comique, réunit la plus parfaite interprétation qu'on pût lui souhaiter. Mme Marguerite Carré et M. Rousselière en sont les magnifiques protagonistes et, à côté d'eux, tous les artistes de la maison ont mis tout leur talent à servir la pensée de l'auteur.

Consécration du temple de Nogi par les prêtres du shinto
en présence des premiers personnages de l'armée et de la marine.

NOGI DIVINISÉ

Selon les traditions de la religion des grands hommes, au Japon, le shinto, un temple a été consacré à l'illustre général Nogi gui se suicida pour ne point survivre à son empereur. Sur cette dédicace du Nogi-Jinja, et les antiques coutumes qu'il évoque, notre correspondant de Tokyo, M. J.-G. Balet, nous a adressé les intéressantes notes qui suivent:

HITO WA BUSHI, HASSA WA SAKURA

L'homme (par excellence) est le samurai, (comme) la fleur (par excellence) est celle du cerisier.

Officiellement, Nogi est entré dans l'Olympe japonais; il a maintenant, sur terre, son premier temple, un temple qui porte son nom, tout simplement: Nogi-Jinja. Inutile d'ajouter qu'il a de très nombreux et très fervents adorateurs, more japonico, comme le montrent nos photographies.

On s'est souvent demandé ce qu'était la religion du Japon, le shinto, ou voie des dieux. Elle tient tout entière, ou presque, dans la cérémonie l'hier. Répétez-la des milliers de fois, à travers les âges, en l'honneur des hommes qui ont bien mérité de la nation et vous aurez la vraie notion du shinto.