MARINE D'AUTREFOIS ET D'AUJOURD'HUI
Lundi dernier a commencé la troisième semaine des manoeuvres navales, qui a ramené les escadres sur les côtes européennes de la Méditerranée, Corse et Provence, et qui se terminera par la revue que doit passer, dimanche, le président de la République. Le thème de cette troisième série de manoeuvres consiste, pour le parti A (vice-amiral de Marolles), à rechercher et à attaquer le parti B (vice-amiral Marin-Darbel) qui, venant de la mer Tyrrhénienne, se dirige vers les côtes provençales, entre Nice et Bandol pour couper les communications entre la France et l'Algérie. Ce sont des opérations de grande envergure, difficiles à résumer en une image. Mais le correspondant de L'Illustration, embarqué sur le torpilleur d'escadre Spahi, a fixé, dans un dessin pittoresque, un épisode fortuit, une rencontre imprévue. Par un curieux hasard, dans cette Méditerranée sillonnée de tant de cargos aux flancs rebondis, et de courriers postaux filant à grande vitesse, le Spahi eut la bonne fortune de croiser une felouque. C'est un bâtiment dont la forme et le gréement ne seront plus, dans quelques années, qu'un vague souvenir; un proche parent des galères du Roi Soleil, avec leurs voiles latines, et des chébecs qui parurent, avec nos marins, devant Alger, en 1830. Et ce fut une étrange impression, pour ceux qui montaient le torpilleur véloce, que de voir arriver sous le vent cette gracieuse voilure toute blanche, légère comme une aile, inclinée sous la brise.
UNE APPARITION INATTENDUE AUX GRANDES MANOEUVRES NAVALES.
--Felouque passant à toutes voiles à travers les lignes de l'escadre.
Dessin d'Albert Sébille, à bord du torpilleur Spahi.
UN SOUVENIR DU MARIAGE DE BERLIN
(Voir notre gravure de première page.)
La rencontre, à Berlin, à l'occasion du mariage de la princesse Victoria-Louise de Hohenzollern avec le prince Ernest-Auguste de Cumberland, du tsar Nicolas et du roi George V, a fourni au photographe de la cour allemande l'occasion d'un très curieux cliché, que nous reproduisons, et qui montre côte à côte les deux souverains russe et anglais, l'allié et l'ami de la France.
Le tsar porte l'uniforme de colonel de son régiment de hussards prussiens. Le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande a revêtu la grande tenue de colonel du régiment de cuirassiers prussiens dont il est le chef honoraire. Sur la poitrine de chacun d'eux pend, en sautoir, le grand collier de l'Aigle noir.
Mais ce qui frappe surtout dans ce cliché, c'est la saisissante ressemblance des deux souverains, qui a été maintes fois signalée, et qui inspire encore, en cette circonstance, à un journal illustré allemand, l'Illustrirte Zeitung, un amusant croquis fantaisiste: dans la salle des réceptions, l'un des deux sosies s'avance, en uniforme tout constellé d'ordres. Et l'empereur de se pencher vers le chambellan de service: «Est-ce le tsar ou bien le roi?»