Avant neuf heures du matin, le Bois appartient aux arroseurs, aux jardiniers, aux chauffeurs qui viennent à grande vitesse chercher des clients dans Paris; aux gens d'écurie qui promènent leurs bêtes, aux hommes d'affaires qui font du cheval par hygiène, montent en chemise de flanelle et en chapeau mou,--en attendant le bain tiède et le chocolat... C'est entre neuf heures et midi qu'il faut aller au Bois; et c'est autour d'onze heures qu'il est exquis, si le temps est joli, de s'y attarder. Ah! qu'il est donc désolant que Verlaine ait eu le mépris du «monde», et que, pour n'avoir pas à s'habiller, il ait situé ses Fêtes galantes au temps de Fragonard et de Watteau! Car le Bois aussi a ses fêtes galantes qui sont, deux mois par an, des fêtes de tous les matins. Le Bois a ses dessinateurs et ses peintres; il a ses prosateurs. Verlaine eût été le plus spirituel et le plus tendre de ses poètes, et l'on y rencontre à cheval, à pied ou sur des chaises--à chaque tournant d'allée--des hommes et des femmes qui ont l'air de bavarder des vers de lui.

MATINÉE PARISIENNE AU BOIS.--Une gracieuse rencontre dans
l'allée des Acacias: le salut du cavalier.
Dessin de J. Simont.

Le banc des «populaires»: une élégante vient de passer.

N'allez pas chercher trop loin ces cavaliers, ces tournants d'allée et ces femmes. Le bois de Boulogne est une «étendue d'herbe» qu'on aime principalement, comme la mer, à cause des petites plages qui la bordent. Ces plages s'appellent Maillot, Madrid, Bagatelle, Dauphine, la Muette... Chacune d'elles est formée de pelouses commodes, de clairières où l'on s'assoit et d'où l'on guette les cavaliers qui passent au long de l'allée toute proche, et qu'arrêtent des mains tendues, des sourires qu'on savait rencontrer là. On potine, on échange de menus propos tout à fait dénués d'intérêt, mais qu'importe? Est-ce qu'ici l'attrait du spectacle n'est pas tout entier dans la grâce des attitudes, dans la façon jolie dont se disent ces choses inutiles, dans cet art souverain que possèdent, à Paris, certaines femmes--celles, justement, qui vont au Bois le matin--de composer d'adorables aquarelles rien qu'en disant bonjour à un cavalier qui passe, ou en promenant sous le bras, comme un bibelot de prix, le plus aimable ou le plus ridicule des petits chiens?

Un poète populaire francfortois, nommé Stolze, écrivait un jour: «Une chose qui ne m'entrera jamais dans la tête, c'est qu'on puisse n'être pas de Francfort.» Je suis étonné qu'à l'exemple de Stolze aucun écrivain de chez nous n'ait encore publié cette opinion:

«Une chose incompréhensible, c'est que les Parisiennes aient pu plaire avant d'être habillées comme elles le sont aujourd'hui.»

Une aimable personnification de
l'entente cordiale: «Mademoiselle»
et «Miss».