Il est certain qu'aucune mode n'a jamais plus spirituellement aidé à faire valoir les séductions de la grâce féminine que celles où l'on voit se complaire, à cette heure, la Parisienne. La jupe est assez courte pour laisser libre jeu au petit pied qu'habille la bottine claire. Elle est collante et souple à la fois. Elle est un vêtement de précision et de complaisance. Elle ne crie pas ce qu'il faut taire, mais tout ce qu'il est décemment possible de dire, elle le dit. Et leurs chapeaux! De ce côté-là, c'est le désordre; c'est l'anarchie; mais quoi de plus avantageux que l'anarchie, quand il s'agit de parer un joli visage?
Point de consigne oppressive; nul ordre à recevoir de sa modiste. On se regarde dans la glace, et l'on choisit un chapeau pour sa figure: toque ou bonnet, cape ou turban, vaste ou minuscule, persan ou batignollais, il importe peu. Et tous sont charmants.
Il n'est pas jusqu'à leur allure qui ne soit devenue plus troublante... Entraînée aux sports, la jeune femme sait mieux marcher qu'autrefois; regardez-la suivre au Bois, vers midi, le chemin qui la ramène dans Paris. Elle marche droite, avec aisance et résolution, en petite personne qui sait où elle va et ce qu'elle veut.
Mais que celles-là ne nous empêchent pas de regarder les autres... tous les autres. Car le Bois, le matin, ne doit pas son attrait qu'aux productions de la Modiste et du Couturier; et sur ces petites «plages» qui le bordent il est d'autres figures intéressantes que les modèles d'Helleu et de Boldini. Il y a toute une gentille clientèle d'«habitués» qu'on serait désolé de n'y plus voir. Il y a le rentier «classe moyenne» qui vient goûter là l'exquise volupté des flâneries matinales et dont la devise est faite d'un distique de Galatée...
Ah! qu'il est doux de ne rien faire
Quand tout s'agite autour de nous!
Au bois de Boulogne: un brin de causerie sous les acacias.
Croquis d'après nature de J. Simont.
Il y a la miss; il y a la fraülein, qui ne semblent pas trop souffrir, en vérité, de l'exil auquel leur mission d'éducatrices les condamne; il y a le vieux cavalier, le sportsman ancien style qui veut bien reconnaître que la Parisienne de 1913 est une ravissante personne, mais qui cependant persiste à lui préférer celle de 1867, et pour cause. Il y a l'officier sur son cheval d'armes, le petit garçon sur son premier poney, l'amazone mûre, de belle prestance encore, qui fait du trot en pensant à sa corsetière et à son médecin. Il y a... il y a cent autres spectacles encore. Allons au Bois. Allons-y souvent. Le Bois est une de ces choses superflues sans lesquelles une foule d'honnêtes gens auraient, à Paris, l'impression de manquer du nécessaire.
E. B.