par M. Michel Provins, de qui nous avons publié, il y a quelques années, une série de nouvelles d'une très délicate et très pénétrante observation.

Puis--après le court intervalle nécessaire encore à l'apparition de quelques pièces de théâtre--commencera la publication du roman auquel travaille M. Paul Bourget, de l'Académie française:

LE DÉMON DE MIDI

COURRIER DE PARIS

L'ART DE L'ENFANCE

C'est une erreur de croire que tout le monde ait été petit. Je connais, moi, des gens à qui cette puissante faiblesse a été refusée, des malheureux qui, du premier jour, sont entrés dans la vie comme s'ils sortaient de Polytechnique, et qui, aussitôt grands et tout formés, ont dû certainement naître avec de la barbe, un porte-monnaie et une canne. Et dans le porte-monnaie il y avait déjà quelque chose... Plaignons-les d'avoir--en étant tout de suite «un homme» --passé par-dessus le bonheur de l'enfance.

Mais s'il vous est arrivé d'être petit, franchement petit, si vous avez eu une bonne dont vous teniez, en levant le bras, le coin du tablier, si vous êtes souvent tombé de tout votre haut, moins d'un mètre, en poussant des cris d'aiglon fracassé, si vous avez aimé jouer, jouer par terre, en ce temps que la terre était notre voisine, à portée de nos mains, de nos yeux fureteurs et qu'elle nous faisait plaisir à voir, à toucher, à tripoter, parce que nous ne savions pas, candides encore, que nous y serions ensevelis, et qu'en la grattant de nos petits doigts nous ne faisions que de commencer nous-mêmes à creuser notre tombe... si donc vous avez été le nain aux mollets nus, occupé pour des heures au ras du sol, vous devez vous souvenir des inexprimables délices que nous représentait et nous procurait la maisonnette...

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La maisonnette!... c'est-à-dire le petit logis, baroque et nécessaire, dont la construction s'imposait si souvent à notre impatience, au désir de notre instinct. La maison familiale et paternelle, la maison de pierre où il y avait un concierge, un escalier, du gaz et des serrures, ne nous suffisait pas. Il nous en fallait, au cours de nos jeux, une autre, plus accessible, plus intime, et pour nous seuls, qui fût cependant une réduction de la grande et de la vraie, qui en fût l'image, mais à notre échelle et à notre ressemblance: la maisonnette. Nous la cherchions et la possédions déjà dans nos joujoux, dans nos bergeries et nos arches de Noë. Mais c'était surtout pour nous-mêmes que nous l'exigions, afin qu'elle nous servît et que nous pussions, pendant quelques instants dont nous tirions des années, y élire domicile.

Alors nous la bâtissions.