En Amérique et en Océanie, le sort des ouvriers s'est fort amélioré depuis que les femmes votent. Partout les électrices ont fait adopter des lois importantes pour l'éducation morale; elles combattent tout ce qui déprave l'homme et la femme et, par suite, atteint l'enfant; elles mènent une guerre sans merci contre l'alcoolisme et elles ont obtenu des résultats extraordinaires en faisant interdire les débits d'alcool ou limiter leur nombre. C'est ainsi qu'en Suède on compte actuellement un débit pour 5.000 habitants au lieu de 1 pour 400 habitants il y a quelques années; en Norvège on ne trouve pas plus d'un cabaret pour 20.000 habitants; en Islande l'alcool est prohibé, l'alcoolisme a presque disparu en Finlande. Au Wyoming, où les femmes votent depuis vingt-cinq ans, il n'y a plus d'asiles d'indigents, les prisons sont presque vides et les crimes sont devenus très rares.

La question de la paix est ainsi noblement posée par les congressistes; quels sont les moyens propres à éveiller dans les jeunes consciences l'amour de la justice et le respect du droit des peuples?

Enfin Mme Maria Vérone lance cet appel éloquent qui précise le véritable point de vue du féminisme sérieux, trop souvent défiguré par ses adversaires: «Féministes de tous pays, nous devons lutter pour que les femmes obtiennent partout l'émancipation politique, on considérant cet affranchissement non point comme un but, mais comme un moyen de réaliser notre programme, comme une étape nécessaire vers le progrès. Alors seulement il nous sera permis d'entrevoir un avenir meilleur pour ceux qui nous suivront, d'espérer que désormais la justice et le droit régneront dans la famille consolidée, dans la nation régénérée, dans l'humanité tout entière fraternellement unie.»

A la Chambre de Manille: les députés philippins en séance.

LE PARLEMENT PHILIPPIN

A regarder la curieuse photographie que nous reproduisons ici, on dirait, tout d'abord, d'une classe de grands écoliers bien sages, tous vêtus de semblable manière, ainsi qu'il convient aux élèves de la même institution, et écoutant attentivement la parole du maître, assis derrière leurs pupitres identiques... Nos yeux accoutumés aux vastes assemblées parlementaires où se discutent les affaires des grands États verront avec une surprise amusée, en cette image, la salle des séances de la Chambre philippine, à Manille. Sur chaque pupitre, une prévoyante administration a fait inscrire, en lettres blanches, le nom de celui qui l'occupe: grâce à cette disposition ingénieuse, le président ne peut avoir aucune hésitation à reconnaître et à désigner, dans le tumulte des débats, le député turbulent pour lequel s'impose un rappel à l'ordre.

Les occasions lui sont fréquentes d'user des sévérités que lui accorde le règlement, car les délibérations de la Chambre philippine, pour se poursuivre devant une assemblée peu nombreuse, sont souvent bruyantes et passionnées. Il y a quelque temps, M. Pedro A. Paterno (que l'on aperçoit ici au premier rang) soulevait des protestations indignées en proposant, comme unique moyen d'augmenter rapidement la population de l'archipel, la bigamie obligatoire. Plus récemment, un projet de loi sur la suppression de l'esclavage, courageusement soutenu par le secrétaire de l'Intérieur, M. Dean C. Worcester, provoquait de vives controverses... Les députés de Manille n'observent point toujours la paisible attitude qu'on leur voit sur notre photographie.

UN «PRINCE DES ESPIONS»

«L'affaire Kedl», qui vient d'éclater brusquement en Autriche, a un côté romanesque, une ampleur qui la distingue des banales et mesquines histoires d'espionnage où quelque soldat besogneux est compromis à bas prix: le colonel Alfred Redl a pu être justement qualifié de prince des espions.