Plus loin, voici des gazelles plus fortes, mais tout aussi gracieuses, ce sont des «Grant».

Plus éclectiques que leurs petites cousines de «Thomson», elles broutent avec entrain aussi bien dans la plaine dénudée que dans les rochers buissonneux, dominés çà et là par de rachitiques mimosées épineuses.

Le mâle, d'un échantillon plus fort que ses compagnes, relève de temps en temps la tête, montrant une admirable paire de cornes annelées, arquées en arrière, presque hautes comme lui-même, une robe plutôt isabelle et une ceinture noire aussi, mais d'un noir moins franc.

D'une contrée à l'autre, à quelques lieues de distance, les cornes de cette antilope varient de forme et créent ainsi des sous-espèces locales dont la plus typique certainement la gazelle de Roberts (Gazella Robertsi), dont les cornes divergent d'extraordinaire façon.

Quel est cet escadron bizarre, et, quelque peu ridicule qui vous suit des yeux avec obstination? Ce sont des bubales. Ah! les bubales: providence et désespoir du chasseur.

Providence, car ils sont partout et font la base du garde-manger; désespoir, car ils se constituent souvent les sentinelles des troupeaux sans malice et les entraînent dans leur fuite éperdue au moment même où vous alliez faire le plus intéressant des clichés ou le plus rare des coups de fusil.

Bien souvent, des scènes se passent comme celle-ci: avec la prudence et la souplesse du chat qui guette sa proie vous vous êtes glissé en rampant dans les herbes folles, votre front moite, vos reins courbaturés méritent bien la récompense : un bel élan aux cornes spiralées broutant sans soupçon l'herbe sauvage. Hélas! un bubale vous a vu! Il part de son trot élastique et saccadé dans la direction de votre gibier, se plante en face de vous, droit comme un I, éternue, donne l'alarme et s'enfuit d'un galop grotesque, lent et rythmé, entraînant l'autre à sa suite. Lorsque cette scène s'est renouvelée quelquefois vous devenez l'ennemi irréductible de ces pauvres «congoni», nom que leur donnent les indigènes, et vous ne pouvez plus les voir sans être pris d'une rage de destruction irréfléchie.

Les curieux de la steppe africaine: quatre bubales
intrigués par le photographe.

Comme les Grant, et comme, en général, tous les animaux africains, ces bubales varient d'une contrée à l'autre. La forme des cornes, les proportions, la robe, varient sensiblement, créant ainsi des sous-espèces.