Les contrées de l'Est africain, de l'Uganda et du Congo belge, sur lesquelles ont porté mes investigations zoologiques, sont loin de posséder une faune ornithologique et mammalogique semblable. Les différences profondes qu'elles présentent au point de vue du relief du sol et partant au point de vue climatérique font que chacune d'elles est en quelque sorte caractérisée par une flore et des espèces animales particulières.
Inversement, il est exact de dire que, dans les mêmes conditions de relief de sol et de climat, la flore et la faune se retrouvent étrangement semblables à elles-mêmes à des centaines de kilomètres de distance.
Il existe évidemment un grand nombre d'espèces qui, par suite de leur malléabilité, de leur facilité d'adaptation aux différents milieux, ont étendu leur habitat sur toute la zone tropicale, mais le plus grand nombre se sont confinées dans des contrées bien définies qui leur assurent une nourriture conforme à leurs besoins et une protection suffisante.
C'est ainsi que les grands herbivores et les fauves qui en vivent abondent dans les glands espaces herbeux, que les antilopes de plus petite taille, les petits rongeurs et carnassiers, hôtes des brousses basses, s'accommodent en général des régions habitées par l'indigène; que les singes arboricoles affectionnent les rives boisées des cours d'eau et que les mammifères amphibies recherchent le voisinage des estuaires et des grandes rivières.
GAZELLES ET BUBALES
Jetons un coup d'oeil sur la faune des plaines et des grandes steppes. C'est le vrai domaine des herbivores, c'est là que nous trouverons, réunies en troupeaux souvent innombrables, ces antilopes de toutes tailles et de tout poil qui constituent pour le voyageur un si curieux spectacle dans les grandes plaines traversées par l'Uganda Railway par exemple.
Voici de bien mignonnes petites bêtes: taille effilée, tournure svelte, costume crème avec écharpe noire sur le ventre, tel est le signalement sommaire des gazelles de Thomson. Hautes comme un chevreau, elles sont là une dizaine, le chef armé de leurs petites cornes annelées, broutant les pousses vertes qui vont reconstituer la prairie détruite par le grand fléau des feux annuels. Peu méfiantes en général là où elles ne sont pas trop poursuivies, elles laissent facilement approcher l'observateur si celui-ci a pris la bonne précaution de se mettre sous le vent.
Élan femelle allant, dans les
roseaux, s'abreuver à un
ruisselet.
--Photographies du
Dr E. Gromier.
Mais la plus méfiante s'est alarmée: c'est une jeune mère accompagnée de son petit haut comme un caniche; elle a levé la tête, fixé le chasseur en mastiquant la dernière bouchée d'herbes folles, remué vivement le petit appendice blanc et noir qui lui sert de queue et aussitôt, à ce signe d'inquiétude, tout le groupe s'est alarmé, toutes les petites queues se sont agitées, et la harde s'en est allée en trottinant, conduite par la plus avisée.