Cette année, par les soins du Syndicat d'initiative local, dont le président, le docteur Urpar, a déployé la plus intelligente persévérance, la cérémonie s'est déroulée dans l'imposant décor du Théâtre Antique, et elle a été précédée et suivie de divertissements empruntés aux vieilles coutumes du pays d'Arles.
Le dimanche, après les aubades des tambourinaires, les jeunes filles, ayant défilé une à une devant Mistral au Théâtre Antique, se rendirent, escortées d'une foule enthousiaste, aux arènes. On y vit les taureaux du Pouly combattus à la mode provençale, les farandoleurs exécuter les danses traditionnelles, les gardian se défier au tournoi des écharpes et au jeu des aiguillettes. Puis le soir, dans le Théâtre Antique encore, impressionnant sous les clartés lunaires, une représentation d'opéra réunit un auditoire innombrable; et les fêtes se terminèrent le lendemain, aux plaines de Meyran, en Camargue, par une ferrade--émouvant spectacle dont, au cours d'une récente excursion aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les invités des Annales ont connu le frisson--cavaliers et piétons, aux prises avec le jeune taureau qu'il faut parvenir à terrasser, y rivalisèrent de courage et d'audace, pour gagner un sourire de celles en l'honneur desquelles la fête était donnée.
Fêtes arlésiennes: la ferrade, dans l'arène improvisée des plaines de Meyran, en Camargue.
Photographies Chusseau-Flaviens.
CE QU'IL FAUT VOIR
LE PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER
Les gens de sport ont leurs «grandes semaines». Le petit monde des théâtres a sa grande Quinzaine; et cette grande quinzaine s'ouvrira ces jours-ci. C'est deux semaines d'émotions très fortes; de rires, de larmes, d'enthousiasmes et d'attaques de nerfs. Il faut voir cela. Un étranger qui aime Paris et qui a la curiosité de le bien connaître commettrait la plus inexcusable des étourderies s'il se désintéressait d'un spectacle aussi rare, et laissait passer les Concours du Conservatoire sans essayer de conquérir le coin de loge ou le strapontin d'où il pourra y assister.
Tous ces concours ne sont pas également «courus», et, pour moi, j'ai cette faiblesse de m'intéresser surtout à ceux que la foule néglige: aux concours de contrebasse et de cor, de clarinette, de trombone et de basson. Ceux-là sont les plus accessibles. Ils sont suivis par une clientèle discrète d'amis, de parents pauvres, de vieux amateurs et de jeunes soldats. Les concurrents qu'on applaudit là ne s'élèveront presque jamais à la dignité de virtuoses. Ils occuperont obscurément leur place en des orchestres civils ou militaires; ils y tiendront leur «partie» avec utilité, et sans gloire.
Comme l'accompagnateur qui, assis au piano, soutient de ses dix doigts le chant de la cantatrice qu'on acclame, ils seront, toute leur vie, les servants du succès des autres. Ce sont les prolétaires de la Musique; et ces concours sont pour eux d'inoubliables journées...
Car ce sont les seuls instants de leur carrière où ils auront eu l'honneur de comparaître seuls devant une salle où chacun d'eux est attendu, et séparément entendu. Ils connaîtront la gloire du solo; un accompagnateur, assis près d'eux, au piano, les assistera modestement; ils seront, pour cinq minutes, des vedettes; on les applaudira. Et, si une récompense leur est décernée, ils seront de nouveau introduits en scène par un appariteur en habit noir, interpellés dans le silence de la salle par un monsieur illustre qui prononcera les mots sacramentels: «Monsieur, le jury vous décerne un premier prix.» Dans le crépitement des bravos, ils salueront encore, très confus, très heureux, tellement émus qu'on les verra rire quelquefois, à cause d'une extrême envie de pleurer... Et puis, le lendemain, ce sera la joie d'ouvrir les journaux, d'y trouver, son nom, suivi d'appréciations élogieuses de la critique; ils pourront dire, tout comme Caruso, Pugno, Chaliapine ou Nijinski: «J'ai une bonne presse.» Et ce sera fini pour toujours. Confondus désormais dans la foule des orchestres, ils ne seront plus, sous le bâton du chef, que deux mains qui s'agitent devant un pupitre, autour d'une figure qu'on ne regarde pas. N'importe. Ils auront eu leur minute heureuse, et l'impression délicieuse de ce que c'est que la gloire... Allez les voir vivre cette minute-là. C'est très touchant, et ce n'est pas ennuyeux du tout.