Et puis, vraiment, quelquefois, on tombe sur un solo de trombone ou de contrebasse qui est fort agréable à écouter.

Les séances consacrées au piano et au violon sont plus dures, et vous admirerez qu'une telle foule consente à s'écraser en une salle où règne une température d'étuve, pour entendre le même morceau joué trente ou quarante fois de suite, et presque toujours très bien! car on n'a même pas, aux concours du Conservatoire, la ressource d'entendre, de temps à autre, le morceau très mal joué qui vous reposerait des autres, et donnerait du prix à ce qui va suivre. Tous sont d'une force décourageante. Mais l'auditoire qui est là ne se décourage point. Il épie les fautes, prend des notes, se pâme aux traits heureux, compare et commente avec passion... Il me semble qu'aux concours de violon et de piano le spectacle, pour un observateur désintéressé, est surtout dans la salle.

Mais voici les grandes épreuves! Le chant, l'opéra, l'opéra-comique, la comédie!

Amis étrangers, que le caprice de vos «déplacements» a fixés à Paris dans le moment précis où s'ouvre la série des grandes épreuves du Conservatoire, ne manquez pas de mettre un hasard si exceptionnel à profit. Coin de loge, ou simple strapontin, vous dis-je! Ce sera déjà bien joli si vous les obtenez.

En ces dernières années, il n'était pas trop difficile d'y réussir. Un sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, M. Dujardin-Beaumetz, s'était généreusement avisé de transporter du Conservatoire à l'Opéra-Comique les concours du Conservatoire. Cela lui donnait mille places de plus, dont une partie était distribuée aux membres du Parlement. Et comme je m'étonnais un jour que le Parlement prétendît envahir à lui seul la moitié d'une salle de spectacle où, somme toute, il ne s'agissait que de suivre une épreuve scolaire qui ne le regarde point; «Pardon, fit M. le sous-secrétaire d'État, cela les regarde! Ce sont les parlementaires qui votent le budget. Il est tout naturel qu'ils veuillent savoir comment leur argent est dépensé...» L'amitié d'un sénateur ou d'un député (et quel étranger ne compte un sénateur ou un député parmi les amis de ses amis?) suffisait donc à assurer l'accès de ces spectacles célèbres à quiconque avait résolu de s'y faufiler. La vieille tradition est, depuis deux ans, restaurée; et l'on est revenu à la petite salle du faubourg Poissonnière. Sept cents personnes seulement peuvent trouver place aux grands concours; en sorte qu'au plaisir d'en être s'ajoute l'orgueilleuse satisfaction d'en avoir été!

Amis étrangers, je vous recommande tout particulièrement celui de Comédie. Il y a de vieux Parisiens qui se croiraient déshonorés s'ils n'avaient été vus, ce jour-là, dans l'atmosphère surchauffée de la petite salle, applaudissant aux débuts de la «grande amoureuse» ou de la grande soubrette de demain. Ah! les enthousiasmes de ce public, et ses fureurs! Comme il aime le succès et comme il déteste l'injustice! Ah! ces salles déchaînées contre un jury dont la sonnette éperdue de M. Gabriel Faure s'efforce en vain de faire entendre les décisions!...

Sans doute, le Grand Prix de Longchamp est une chose à voir, et vous ne manquerez pas, amis étrangers, ce spectacle-là; sans doute, le Salon du peintre-sculpteur futuriste Boccioni qui s'ouvre demain rue La Boétie est à voir aussi; mais qu'est-ce que tout cela, à côté d'un beau «chahut» au concours d'Opéra-comique ou de Comédie!
Un Parisien.

AGENDA (21-28 juin 1913)

Examens et concours.--Les épreuves pour le concours d'admission au Prytanée militaire de la Flèche auront lieu les 23 et 24 juin, au chef-lieu de chaque département. Les candidats inscrits à Paris concourront à la mairie du 6e arrondissement--Un concours est ouvert entre les artistes français, pour l'exécution d'une médaille commémorative de l'élection du président de la République par les Chambres réunies à Versailles le 17 janvier 1913.

Les concours du Conservatoire.--Les concours publics de fin d'année du Conservatoire sont ainsi fixés: 23 juin, contrebasse, alto, violoncelle; le 24, instruments à vent (bois); le 25, instruments à vent (cuivre); le 26, chant (hommes); le 27, chant (femmes); le 28, piano (femmes); le 30, harpe; le 1er juillet: opéra-comique; le 2, tragédie; le 3, comédie; le 7, violon; le 8, piano (hommes); le 9, opéra; le 12, distribution des prix.