Un jour, une bande de femelles et de jeunes paissait l'herbe nouvelle dans une vallée découverte et je regardais avec intérêt les jeux folâtres des nourrissons qui se poursuivaient, se tiraient mutuellement la queue avec leur trompe, glissaient les quatre fers en l'air dans la boue et se relevaient prudemment en s'aidant les uns les autres. Tout à coup, une saute de vent fit que la troupe me sentit: aussitôt, elle se réunit en un bloc serré, les petits au centre, les nouveau-nés sous le ventre de leurs mères et celles-ci, la tête haute, dodelinant de droite ou de gauche, roulant des yeux blancs, la trompe alternativement étendue et roulée, les oreilles en bataille, me donnèrent un spectacle superbe et très impressionnant, au sens duquel je ne me mépris pas et auquel je me hâtai de me soustraire, non sans avoir pris un bien mauvais cliché, indigne de L'Illustration.
Bande d'éléphants dévastant une bananeraie.
Photographie du Dr Em. Gromier.
Un grand éléphant, détaché d'un troupeau, s'élance en
exploration. Cliché pris dans la vallée de la Semliki,
à proximité du lac Albert-Edouard.
Comme chez la plupart des animaux, il existe chez l'éléphant des différences assez considérables entre le mâle et la femelle. Avec de l'habitude, on les distingue aisément l'un de l'autre. D'une façon générale, la couleur est plus foncée chez le mâle que chez la femelle, cela est dû à ce que celle-ci porte des poils brun roux et que ceux du mâle sont noir brillant; cela tient réellement aussi, je crois, à une pigmentation plus forte du derme et de l'épiderme.
La taille des mâles adultes varie entre 3 m. 10 et 3 m. 50 au garrot, celle des femelles entre 2 m. 75 et 3 mètres. Ce sont là évidemment des moyennes, mais il est encore assez fréquent de voir des mâles bien au-dessus de cette taille (ces géants deviennent naturellement de plus en plus rares, étant presque toujours de gros porteurs d'ivoire); le maximum que je connaisse est de 4 m. 25 au garrot.
La tête est plus volumineuse et la base de la trompe beaucoup plus puissante chez le mâle; ses défenses sont tronconiques tandis que celles de la femelle sont minces et de calibre égal presque jusqu'à l'extrémité. Les défenses des femelles varient entre 5 et 15 kilos au maximum, chez les mâles elles peuvent atteindre des poids extraordinaires: 105 kilos pièce pour une défense que j'ai vue au Kensington Muséum de Londres et 80 kilos pièce pour une paire que j'ai pesée à Entebbe (Uganda). En moyenne, les mâles reproducteurs ont des défenses de 15 à 20 kilos pièce. L'aspect général est également différent entre le mâle et la femelle, indépendamment de ce que je viens de dire au point de vue de la couleur, des défenses, de la taille. Le mâle frappe par sa musculature apparente; il est fortement étoffé, ses formes sont pleines. La femelle est plus efflanquée, plus plate, en un mot moins volumineuse dans tous les sens, et, partant, plus ingambe, plus alerte, plus dangereuse par le fait même.
Les signes de l'âge sont également assez apparents pour le connaisseur; je n'entrerai pas dans le détail, mais ceux de la vieillesse frappent tout de suite: c'est d'abord une taille élevée, car l'éléphant semble croître fort longtemps, puis une maigreur de plus en plus accentuée, des creux profonds aux tempes, des déchirures multiples aux oreilles, et un replis, ou un ourlet de plus en plus apparent qui se forme sur le bord libre de celles-ci.
La place m'étant limitée, je termine là ces quelques considérations sur l'éléphant d'Afrique dont les moeurs si curieuses et si intéressantes pourraient faire à elles seules l'objet d'un gros volume.