J'ajouterai cependant que, seule parmi les nations qui se partagent l'Afrique, la France n'a pris aucune mesure vraiment sérieuse de protection en faveur de ce magnifique animal. Partout, sauf à la Côte d'Ivoire, les mesures édictées sont absolument insuffisantes et n'arrêteront en rien sa destruction.

On a souvent mis en doute la possibilité de la domestication de l'éléphant d'Afrique, la plupart de ceux qui l'ont niée ne connaissent pas l'animal ou le connaissent mal. L'immense majorité des Africains sincères avoueront ne l'avoir jamais vu que mort, et quelques-uns seulement l'avoir aperçu plus ou moins vaguement au milieu de la dense végétation tropicale. Seuls donc des hommes comme Foa, Selous, Villaert et des éleveurs de la compétence de Hagenbeck, de Hambourg, des pères du Saint-Esprit de Cap Lopez au Gabon, ou des officiers de la mission belge d'Api ont voix au chapitre, et ceux-là affirment la possibilité de sa domestication. Ma modeste connaissance personnelle du grand proboscidien me permet de me ranger absolument à leur avis.

«Cet animal n'est pas méchant, quand on l'attaque, il se défend», voilà ce que l'on pourrait répondre à ceux qui parlent de sa férocité. Quant aux services qu'il pourrait rendre, ils sont indéniables, au moins dans les régions où le tsé-tsé et autres diptères piqueurs rendent impossible ou précaire la vie des animaux domestiques.

FAUNE D'AFRIQUE.--Un pâturage d'éléphants sur les rives de la Semliki, au Congo.
«... Sur les rives de la Semliki--nous écrit en commentaire l'auteur de cet étonnant cliché--les branches craquent de tous côtés, révélant la présence de nombreux troupeaux de proboscidiens; en effet, les éléphants y fourmillent, apparaissant et disparaissant dans la haute brousse comme des rats dans nos prairies...»

Phot. du Dr Em. Gromier.]

Les Belges se sont occupés tout spécialement de cette question et ont sur un affluent de l'Ouellé une ferme où ils possèdent une cinquantaine de jeunes éléphants. Ils sont satisfaits de leur expérience, car ces éléphants rendent déjà des services, mais le procédé trop coûteux et trop long ne donnera des résultats vraiment pratiques que lorsque l'on pourra se procurer des animaux adultes, suivant les procédés en usage aux Indes.

Une société s'était fondée ces dernières années à Paris même, sous l'impulsion dévouée de M. Gaston Tournier et sous la haute présidence de M. Edmond Perrier, directeur du Muséum, membre de l'Institut, dans le but de propager en France les idées de protection et de domestication de l'éléphant d'Afrique. Les résultats, je dois le dire, n'ont pas été en rapport avec les efforts, mais je tiens à rendre hommage à l'intervention à la Chambre de MM. les députés Lemaire, Messimy et Rozet en faveur de ces idées. Ces interventions n'ont, malheureusement, pas été suivies de mesures suffisamment pratiques et efficaces. Le jour où l'on édictera des lois sévères pour la protection de l'éléphant, comme dans le cas de l'aigrette du Sénégal, il aura disparu...

Dans cette courte étude de la grande faune africaine, j'ai dû passer sous silence beaucoup de grands mammifères et tous les animaux de petite taille, moins impressionnants, certes, mais dont la vie n'offre pas moins d'intérêt.

Je veux dire pourtant quelques mots des oiseaux.

LES OISEAUX DE L'AFRIQUE