Je dois avouer avoir été profondément déçu par la faune ornithologique. Ni les couleurs, ni surtout le chant ne sont ce que l'on s'imagine. Quand on a parlé des «oiseaux des îles», dans lesquels on englobe les oiseaux africains, on croit avoir tout dit. Eh bien, je le déclare, leurs qualités sont fort exagérées, au moins pour les contrées où j'ai vécu. Évidemment, de-ci de-là, dans certaines régions, il existe de fort belles espèces, très richement colorées, mais littéralement perdues au milieu de la masse des oiseaux au plumage grisâtre ou roux, ou même noir. A l'ouest du Toro et de l'Uganda, dans des pays couverts de l'herbe à éléphant, il m'est arrivé de marcher huit jours de suite sans voir d'autres volatiles que des oiseaux noirs: hirondelles noires, traquets noirs, veuves noires, gobe-mouches noirs, ce n'était pas gai! Dans tous les pays montagneux, presque tous les oiseaux sont de couleur terne et ne jettent que des cris discordants. Dans les grandes plaines, ce sont encore les couleurs grisâtres qui dominent, mais les cris et les chants deviennent doux, tristes et monotones.
Un rameau chargé de nids. Ces nids en forme de
poire, construits par les «tisserins dorés»,
pendent comme autant de fruits à l'extrémité de
chaque brindille.
Les fauvettes qui, chez nous, dans notre vieille Europe, sont si gentilles, nous ravissent au printemps par leur gazouillis, ou comme la fauvette à tête noire, par des vocalises euphoniques et retentissantes, sont tout bonnement exaspérantes en Afrique.
Mettons à part ces délicieuses créatures qu'on nomme communément des colibris, que les ornithologistes appellent des nectarinidés et qui, eux, méritent bien leur réputation. Ce sont de mignonnes petites bêtes, toujours gaies, toujours en mouvement, infiniment variées de couleurs et de formes, construisant avec un art charmant des nids douillets feutrés de coton, suspendus au bout des branches ou des graminées folles.
Parmi les oiseaux au plumage le plus brillamment coloré, il faut citer le fameux foliotocole qui fait partie d'une série de petites espèces de coucous verts, répandus dans toute la zone tropicale.
Cet oiseau, que les dames élégantes connaissent bien, est d'un vert magnifique à reflet d'émeraude, le ventre est jaune d'or et les pattes bleues.
Tous ces petits coucous, foliotocole, coucou de Klaas, coucou vert du Cap (Chrysococcyx cupreus), ont la même nourriture, les chenilles velues, et les mêmes moeurs vagabondes de notre coucou d'Europe. Comme lui, ils confient à des étrangers le soin de leur progéniture; c'est ainsi qu'ils pondent leurs oeufs dans les nids des plus petites espèces d'insectivores tels que les colibris. Il semble même qu'ils aient une prédilection pour ces derniers. J'ai vu très souvent, notamment dans l'Uganda, des colibris de la plus petite taille alimentant avec ardeur de jeunes coucous insatiables, spectacle risible de Lilliput nourrissant un Gulliver géant. Comme le jeune coucou est rapidement trop gros pour son berceau en forme de poire suspendue par son pédoncule et ne présentant qu'un petit orifice circulaire, il est obligé de le quitter de très bonne heure et de se tenir à proximité sur une branche.
Il existe encore de nombreuses espèces teintées de couleurs éclatantes, mais rares sont celles qui atteignent la grâce et l'élégance de nos espèces familières.
Notre faune ornithologique, au seul point de vue de la couleur, peut même soutenir la comparaison sans trop de désavantage avec celle de l'Afrique: loriots, huppes, rouges-gorges, mésanges bleues, martins-pêcheurs, rolliers, geais, bouvreuils, chardonnerets, linots, etc., etc., forment une pléiade qui joint à la beauté l'élégance des formes qui manque, je le répète, à beaucoup de leurs congénères africains.