Quant au chant, nos oiseaux remportent la palme, et de loin.
D'ailleurs, nos insectivores européens forment le fond de la faune ornithologique africaine pendant cinq mois de l'année. Dans certains bocages, comme aux alentours de Kénia, du Rowenzori ou des volcans du Kivou, je me serais vraiment cru en France tant étaient abondants nos oiseaux.
Rien ne peut traduire l'émotion que j'éprouvai un jour dans une contrée sauvage, manquant de tout, éreinté, cherchant à regagner à marches forcées quelque contrée hospitalière, lorsque j'entendis un rossignol, rejoignant, par petites étapes, son bocage familier, chanter à gorge déployée sa chanson de France.
Ainsi, toutes nos espèces insectivores sont obligées pour des raisons alimentaires de gagner l'Afrique au moins au-dessous du Sahara, et la plupart descendent bien au delà de l'Équateur.
Nos hirondelles familières elles-mêmes sont innombrables en Afrique depuis octobre jusqu'en mars. Je les voyais souvent évoluer avec intérêt autour des grands fauves qui soulevaient en marchant des nuées de petits insectes, qu'elle happaient au passage. Sur les fils télégraphiques de l'Uganda Railway, j'estime à des centaines de mille le nombre de ces volatiles qui y faisaient une cure de termites. Ces insectes creusent de chaque côté de la voie des galeries d'où s'échappent dans les airs, pendant quelques jours et dans un but de fécondation, des milliers de mâles et de femelles ailés. Les mâles menus et déliés sont la proie des hirondelles; saisis au vol, happés au passage, ils constituent à ce qu'il paraît un régal pour ces charmants migrateurs.
AIGLES ET VAUTOURS
Je vais dire quelques mots des oiseaux de taille supérieure. Considérons ceux qui vivent de chair. Leur nombre en est immense, le gibier ne faisant pas défaut. Des aigles de toutes tailles et de toute envergure planent inlassablement, surveillant de leur regard si aigu la brousse où s'ébattent perdrix, pintades et petits mammifères. Le plus grand et le plus fier est bien le magnifique aigle couronné (Spizaetus coronatus).
Au bord des cours d'eau, vivant de poissons, se tient, dans une immobilité hiératique, une espèce de toute beauté, c'est le grand aigle vocifer.
Tête et gorge d'un blanc pur, robe d'un beau marron rougeâtre, ailes noires, queue blanche, tel est le signalement sommaire du bel oiseau. Ouvrez son estomac et vous y trouverez de quoi faire plusieurs excellentes fritures. Ce pygargue vit par paires au bord des fleuves ou des lacs. Sur les rives du lac Albert-Edouard il m'a paru particulièrement abondant. Son nom de «vocifer» vient du cri qu'il articule constamment: claoû, clo, clo, clo, clo.
A côté de ces nobles animaux vivant de chair palpitante, voici toute l'immense tribu des «charognards». Vous avez tué un gibier quelconque, écartez-vous et interrogez attentivement le ciel. Là-haut, tout là-haut, dans les nuages, vous distinguez un point noir. Ce point grossit, grossit: c'est un vautour. Son mouvement de descente a été aperçu par un congénère qui planait dans la région, il arrive immédiatement, et ainsi de proche en proche, si bien qu'à un moment donné dix, vingt, trente vautours décrivent sans un coup d'aile leurs orbes de plus en plus rétrécis autour du cadavre. Aussitôt posés, quel empressement! Et, hardi, l'un s'en prend aux yeux, l'autre à la gueule, celui-là s'occupe du côté pile, celui-ci du côté face, plusieurs s'acharnent à tirer à eux la masse des viscères; bref, c'est un festin.