Les «Amis de Versailles» pratiquent, envers la ville du Grand Roi, objet de leurs soins éclairés, un culte délicat et charmant; et ils aimant à provoquer les occasions de la faire mieux connaître, et plus admirer... Lundi dernier, ils avaient organisé, à Versailles même, une manière de garden-party fort élégante, qui attira, sous les séculaires ombrages du grand pare, une foule choisie. Elle fut précédée d'une docte et savoureuse causerie de M. André Hallays: dans la grande galerie des Batailles, le conférencier retraça la vie du bon jardinier Jean de La Quintinie, grand ordonnateur du Potager de Louis XIV. Puis, après cette fête de l'esprit, on se rendit au bosquet des Rocailles où, dans le décor le plus noble, devant la majestueuse cascade, un goûter se trouvait servi. Et ce fut une heure exquise, évoquée ici par le dessin de notre collaborateur J. Simont, où Von reconnaîtra, très apparents ou dissimulés dans les groupes, quelques-uns des organisateurs de la réunion et de leurs invités: M. Millerand, ancien ministre de la Guerre et président des «Amis de Versailles»; Mme la comtesse de Castellane et Mme la marquise de Ganay, vice-présidentes; Mme la comtesse d'Haussonville; M. Henry Simond, vice-président; M. Charles Cambefort, trésorier; M. Pierre de Nolhac, conservateur du château; le comte Primoli; le comte de Fels; MM. Metman, Eugène Tardieu, secrétaire des «Amis de Versailles», etc.
CE QU'IL FAUT VOIR
LE PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER
Me permettra-t-on de rappeler, à propos de l'événement qui va, dans deux jours, remuer tout Paris, une anecdote que j'eus le plaisir de conter ici même, il y a quelques années? On m'avait dit: «C'est vous qui l'avez inventée, cette histoire-là, pour sûr...» Et comme je protestais, mes amis se mettaient à rire, haussaient les épaules. Hélas! que ne puis-je inscrire ici les noms vrais des personnages, à la place de ceux que j'avais cités. Car il n'y avait d'inventés, dans l'anecdote, que les noms propres,--et pour cause. Je suis condamné aujourd'hui, on le comprendra, à la même discrétion que naguère; mais j'affirme que les faits furent exactement tels que je les ai contés.
Une étrangère, charmante, Mme X..., maltraitée par son mari, s'était enfuie du domicile conjugal, et réfugiée à Paris, pour y rejoindre un artiste connu, qu'elle aimait (et qu'elle a d'ailleurs épousé, depuis cette époque). Il fallait éviter le scandale; et avant que fût ébruitée dans la ville où résidait Mme X..., et où elle était connue de tout le monde, la nouvelle de cette désertion, le frère de celle-ci --très respectable célibataire--accourait à Paris, pour supplier sa soeur de réintégrer son foyer. On imagine ce que fut la première conversation qui suivit (dans un appartement dont je pourrais indiquer l'adresse) l'arrivée du frère à Paris. Récriminations, menaces, supplications, injures... Mais l'étrangère tenait bon. Son protecteur aussi. Après deux heures de vains et exténuants colloques, on s'aperçoit qu'il est huit heures du soir, et qu'on a faim...
--Où dînez-vous? demande froidement l'artiste parisien au voyageur.
--Est-ce que je sais, moi? répond l'autre avec dignité.
--Dînez donc avec nous. Nous causerons. On descend. On hèle une voiture. On gagne un cabaret à la mode. On dîne. Et la conversation continue, mais moins véhémente, moins âpre qu'au début.
La chère est exquise; les vins sont de premier ordre. Et le frère, peu à peu, s'attendrit, prête une oreille moins hostile aux choses qu'on lui dit.
Soudain, et de l'air le plus naturel du monde: