--Qu'est-ce que vous faites demain? demande l'ami de Mme X...
--Qu'est-ce que vous voulez que je fasse? Je m'en vais. Je reprends le train...
--Vous ne pouvez pas faire cela.
--Pourquoi est-ce que je ne peux pas faire cela?
--Parce que c'est demain le Grand Prix, et qu'il est sans exemple qu'un étranger de passage à Paris la veille du Grand Prix n'ait pas retardé de vingt-quatre heures son départ pour y assister.
C'en était trop, et le pauvre homme se sentait terrassé. Le bon dîner, le bon cigare, l'atmosphère de Paris, les toilettes des femmes... ce Parisien qui semblait un excellent garçon, et sûrement rendrait sa soeur plus heureuse que n'avait fait son beau-frère... Tout de même, il pensa que, pour contenter sa conscience, il devait résister encore un peu; et, après avoir réfléchi, il dit d'une voix éteinte:
--Je ne peux pas aller à Longchamp.
--Pourquoi?
--Je n'ai qu'un chapeau mou.
On lui promit qu'un chapelier serait le lendemain à l'hôtel. Et, le lendemain à deux heures, coiffé d'un impeccable «huit-reflets», la fleur à la boutonnière, le frère de Mme X..., escorté de sa soeur et de son «ennemi», entrait au pesage de Longchamp. Il en revenait à quatre heures, ayant gagné trente louis, et bien résolu à plaider devant la famille la cause de la fugitive... Ce qu'il fit!