Depuis cette époque, le frère de Mme X... a pris l'habitude de revenir, chaque été, voir courir à Longchamp le Grand Prix.

Je suis sûr qu'il y sera dimanche.

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Mais bien que la solennité de Longchamp marque la clôture officielle de la Saison, l'Art ne consent point encore à désarmer, si j'ose dire, et les Expositions persistent... J'en signale deux, qui sont à voir et qu'il faut même--pour des raisons très différentes--avoir vues l'une et l'autre. La première est la délicieuse exposition, rue de Sèze, des «Petits Maîtres de 1830»; la seconde s'est ouverte dimanche dernier à la galerie La Boétie, où elle remplace cette émouvante Rétrospective d'Alphonse de Neuville dont j'ai naguère parlé. C'est l'Exposition d'un peintre sculpteur futuriste, nommé Boccioni. Et cette manifestation d'art eut un prélude: une conférence, où M. Marinetti, le sympathique apôtre du Futurisme, voulut bien nous démontrer,--ou plutôt nous affirmer, en termes obscurs et frénétiques, l'inutilité de la Syntaxe. Ils sont logiques, ces révolutionnaires; et l'on ne saurait s'étonner que la syntaxe, qui n'est autre chose, en somme, que le dessin du langage, exaspère des hommes à qui les antiques règles du dessin des formes, des figures, apparaissent comme «écoeurantes»... C'est le mot même dont se sert M. Boccioni, à la fin de la préface qu'il a écrite pour son catalogue: «Nous parviendrons à sortir de la continuité écoeurante de la figure grecque, gothique, michelangesque.»

La conférence de M. Marinetti avait attiré rue La Boétie un certain nombre de badauds ingénus et d'esthètes des deux sexes qui avaient préféré la joie d'assister à la condamnation de la syntaxe à celle de voir courir à Auteuil le Grand Steeple. Il y avait du monde. Il y avait même plus de monde que de chaises; car, autour de l'orateur, quelques jeunes filles s'étaient assises par terre pour écouter plus commodément. Autour d'elles, une vingtaine de dessins fixés au mur: combinaisons de lignes et de hachures dont le catalogue nous propose une explication plus confuse encore que le dessin lui-même. Et puis, la sculpture; onze «ensembles plastiques»: des morceaux de plâtre ajustés les uns aux autres, et qui signifient, paraît-il: des muscles «en vitesse», une «expansion spiralique» de muscles en mouvement, le «développement d'une bouteille dans l'espace», etc.; mais rien ne m'a plus ému qu'une sorte de tas blanc, de meringue énorme et bouleversée, au milieu de laquelle apparaissent une poignée de fenêtre, un carreau, des yeux humains, un chignon (en cheveux véritables) et qui figure au catalogue sous ce titre: «Fusion d'une tête et d'une croisée». Ça, vraiment, c'est à voir!!

J'entends dire: «Ces gens-là se moquent de nous». Je ne le crois pas. Mon avis est qu'ils sont sincères. Est-ce que les gens qui ont l'appendicite manquent de sincérité? Mais non. Ils sont simplement atteints d'un mal qu'on ne connaissait pas il y a vingt ans, et qu'on guérit depuis qu'on a appris à le connaître. De même, la Futurite apparaît-elle comme une maladie nouvelle de l'esprit, dont il ne faut pas douter que les neurologues ne viennent à bout, à moins que d'elle-même, après avoir troublé quelques intelligences, elle ne disparaisse, un beau jour, de nos climats...
Un Parisien.

AGENDA (28 juin au 5 juillet 1913)

Les concours du Conservatoire.--Les concours publics du Conservatoire national de musique et de déclamation se continueront aux dates suivantes: le 28 juin, piano (femmes); le 30, harpe et harpe chromatique; le 1er juillet, opéra-comique; le 2, tragédie; le 3, comédie; le 7, violon; le 8, piano (hommes); le 9, opéra; le 12, distribution des prix.

Expositions--Musée des Arts décoratifs (pavillon de Marsan): exposition rétrospective de l'art des jardins en France.--Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné): promenades et jardins de Paris depuis le quinzième siècle.--Grand Palais: Salon de la Société des Artistes Français; Salon de la Société nationale des Beaux-Arts. Clôture le 30 juin.--Galerie Lévesque (109, faubourg Saint-Honoré): oeuvres de Thomas Couture: peintures, aquarelles, dessins.--Galerie Manzi-Joyant (15, rue de la Ville-l'Évêque): pauvres de peintres modernes: Manet, Claude Monet, Sisley, Degas, Sézanne, etc.

Ventes d'art.--Hôtel Drouot: le 28 juin, dernière vacation de la vente de la bibliothèque de M. P.-A Cheramy, livres anciens et modernes.--A Pantin (Seine), 100, rue de Paris: le 30 juin, vente de boiseries anciennes, trumeaux, glace, console ancienne décorant un hôtel particulier et provenant en partie de l'ancien hôtel de la Guimard.