Fête de bienfaisance.--Le 30 juin, à 4 h., à la Comédie des Champs-Elysées, matinée donnée au profit de la Société philanthropique. Au programme: visions des grandes fêtes de ce printemps; visions des Indes de M. Gervais-Courtellemont. Billets chez la duchesse de Guiches (42 bis, avenue Henri-Martin); à Photo-Couleurs (5, rue Royale) et à la Comédie des Champs-Elysées.
Garden-Party.--Le Cercle national des armées de terre et de mer donnera une garden-party au Pré-Catelan, le 3 juillet. Le programme sera vendu au profit des blessés du Maroc.
Sports.--Courses de chevaux: le 28 juin, Longchamp; le 29, Longchamp (Grand Prix de Paris); le 30, Auteuil; le 1er juillet, Compiègne; le 2, le Tremblay; le 3. Maisons-Laffitte; le 4, Saint-Cloud; le 5, Amiens; le 6. Maisons-Laffitte.--Cyclisme: le 29 juin, départ du «Tour de France: à la piste municipale (Vincennes), les 29 juin, 3 et 6 juillet. Grand Prix cycliste de la Ville de Paris.--Yachting: le meeting international de navigation automobile «les Couleurs de Paris» aura lieu le 6 juillet en Seine, dans le bassin de Longchamp.
LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
l'heure décisive
Il est permis, assurément, de ne point partager les idées philosophiques de M. le comte de Mun. On peut ne pas toujours suivre sur le terrain social le très éloquent et très catholique député du Finistère. Mais, il paraît difficile, par contre, que l'immense majorité des Français ne s'entendent pas, avec ce clairvoyant patriote, sur le terrain national. M. le comte de Mun, dans le recueil de faits et d'idées paru d'hier (1), nous persuade aisément que, depuis la foudroyante victoire des alliés balkaniques, laquelle a non seulement transformé l'état de l'Orient, mais créé, dans l'Europe entière un ordre nouveau, une «heure décisive» s'écoule pour la France. L'axe de la balance internationale est déplacé par les événements d'Orient. Que sera l'avenir de la Bulgarie si violemment exaltée par le succès de ses armes? Où s'arrêtera le magnifique effort de l'hellénisme ressuscité? Et, maintenant que la Turquie d'Europe n'est plus, en quels redoutables conflits vont se heurter les influences occidentales, de plus en plus âpres en Turquie d'Asie? Combien d'angoissantes incertitudes, de lourdes menaces pour l'avenir!
Un autre côté du grand drame apparaît dans l'éclat intermittent des disputes diplomatiques. Contre l'expansion allemande en Orient, des ports et des routes seront désormais défendus par des occupants tenaces. La mer Égée devient grecque. Où l'Allemagne trouvera-t-elle, demain, la mer libre nécessaire à sa croissante activité? «Redoutable question qui, pour la Belgique et la Hollande, peut devenir une question de vie et de mort.» La monarchie autrichienne qui frayait à l'influence germanique la voie de Salonique est obligée désormais de s'arrêter à l'entrée du chemin. La Russie, détournée des rives asiatiques, est ramenée par le réveil des peuples slaves vers le rôle que lui impose l'orgueil de son sang. Autant de causes impérieuses d'antagonisme formidable, de conflits internationaux, autant d'avertissements du destin qui justifient ce titre ardent: l'Heure décisive, que M. le député du Finistère donne à son livre opportun.
M. Albert de Mun fait prévoir le bouleversement qui pourra résulter, dans les systèmes d'alliance, de l'équilibre rompu en Orient. Les tendances actuelles de la Roumanie sont, à ce point de vue, très caractéristiques. M. Paul Labbé, qui vient de publier un bon livre documentaire sur la Vivante Roumanie (2), est convaincu que, malgré le gain de Silistrie, les Roumains ne pardonnent pas à leurs voisins leur victoire et l'accroissement de leur puissance: le petit Bulgare a grandi trop vite, «il sait trop bien se servir de ses armes, ce n'est plus un paysan négligeable, c'est déjà un voisin dangereux». La Roumanie, à la vérité, est à un tournant de son histoire. Où cherchera-t-elle maintenant ses alliances? La politique allemande n'a pas donné les résultats qu'on en attendait. Il apparaît de plus en plus que, désormais, Vienne s'entendra avec Sofia. Depuis quelques mois, les hommes d'État bulgares se sont bien souvent arrêtés dans la capitale autrichienne, et, tout récemment, la mission Guéchoff à Vienne accusait l'effort tenté. Tandis qu'une alliance entre l'Autriche et la Roumanie serait, semble-t-il, médiocrement accueillie par les sujets du roi Carol. «Qui sait, écrit M. Paul Labbé, si, bientôt, pensant aux Roumains de Bukovine et de Transylvanie, on ne parlera pas, à Bucarest, de la grande Roumanie, comme on fait à Belgrade de la grande Serbie? Ce serait là une bonne politique. C'est à Vienne, quoi qu'on en dise, que sont les ennemis des Roumains.» D'où l'on pourrait conclure que l'attraction si longtemps exercée sur le royaume danubien par la Triplice est bien près de finir.
*
* *
Note 1: L'Heure décisive. Emile-Paul, éditeur, 3 fr. 50.