Note 2: La vivante Roumanie. Lib. Hachette, 4 fr.

En d'autres temps, observe M. le comte de Mun, la France, libre de ses mouvements, eût, peut-être, par d'audacieuses initiatives, «pu tourner à sa gloire les événements auxquels le malheur dont elle traîne le pesant fardeau, l'a réduite à n'assister qu'en témoin». Cette réserve suffira-t-elle à la préserver? «Gardienne, malgré tout, contre l'Allemagne envahissante, de l'équilibre des nations, elle demeure, par sa position géographique, par sa force encore redoutée, par sa richesse toujours enviée, destinée aux premiers coups de l'inévitable conflit où tant d'intérêts contraires sont fatalement entraînés.» D'où la nécessité, en face du renforcement des effectifs allemands, d'accroître d'urgence la puissance de la barrière française. Les vibrantes et solides pages où M. Albert de Mun fait appel au pays contre la propagande destructive des socialistes et des antimilitaristes, son cri de raison contre une organisation de milices, soumise à toutes les influences parlementaires, pourrait emprunter une singulière force aux faits lamentables évoqués par le capitaine Choppin dans son livre sur les Insurrections militaires en 1790 (3). Dans cette étude, si actuelle par les rapprochements qu'elle permet d'établir avec de récents et pénibles incidents de casernes, on voit combien peut devenir détestable l'esprit de troupes braves et éprouvées quand elles sont travaillées par des fauteurs de désordre.

Ainsi, lorsque le régiment de cavalerie Mestre-de-camp-général est dirigé de Nancy sur Paris pour s'adjoindre aux troupes convoquées à l'occasion de l'ouverture des États généraux, les escadrons, à peine arrivés à Château-Thierry, sont inondés d'écrits séditieux. Des émissaires, partis de la capitale, viennent accentuer cette propagande, dès l'arrivée à Saint-Denis. De nombreuses désertions se produisent. Le corps est renvoyé, par ordre du ministre, à Nancy où l'effervescence se transforme en révolte. Les soldats enfoncent à coups de hache les portes des prisons, blessent leurs officiers et assomment leur général qu'ils mettent en cellule. Le lieutenant Désilles se fait tuer en se jetant sur un canon auquel les révoltés allaient mettre le feu. Des troupes fidèles interviennent et le régiment Mestre-de-camp-général est licencié.

L'insurrection de Royal-Champagne, en garnison à Hesdin, est également provoquée par les clubs de Paris. Un jeune sous-lieutenant prend la tête d'une révolte de sous-officiers. Trois députés arrivent de Paris pour encourager les mutins. Encore une fois des troupes fidèles ramènent l'ordre et chassent les rebelles de la ville.

Ce sont encore les excitateurs des clubs et les encouragements des députés, venus exprès de Paris, qui, en 1790, soulèvent le Régiment de la Reine en garnison à Stenay. Une terrible contagion de révolte menace l'armée qui, enfin, se ressaisit.

Le sous-lieutenant qui s'était fait le chef des révoltés de Royal-Champagne ayant vu de près le résultat de l'indiscipline chez le soldat, trouva son chemin de Damas. Démissionnaire après ces événements, il reprit du service aux premiers coups de canon et ne quitta plus les champs de bataille de 1792 à 1813. Maréchal de France à trente-quatre ans, sa maxime de guerre était que «toute infraction à la discipline est un crime». Le sous-lieutenant de Royal-Champagne était devenu duc d'Auerstaedt et prince d'Eckmühl. Il s'appelait Davout.

Davout, dans son âge d'expérience du moins, avait raison. L'armée fortifiée chez nous et la discipline rétablie, la paix sera sans doute mieux assurée qu'elle ne peut l'être par les efforts de l'internationale financière et les manifestations de l'internationale ouvrière. L'horizon sera plus clair et l'optimisme redeviendra possible. Car, en ces instants graves d'aujourd'hui, des voix à la fois raisonnables et conciliantes se font entendre aussi, et, après avoir parcouru avec un peu de fièvre les pages où M. le comte de Mun nous parle des risques immédiats d'une guerre européenne et cyclopéenne, nous aimons nous faire rassurer par M. Georges Bourdon, qui vient d'enquêter en Allemagne pour le Figaro, et qui, en de remarquables chapitres d'observation et de documents (4), nous dit les possibilités d'une entente prochaine pour une paix durable en Europe.
Albéric Cahuet.

Note 3: Édition Laveur, 3 fr. 50.

Note 4: L'Énigme allemande, lib. Plon, 3 fr. 50.

Voir, dans La Petite Illustration, le compte rendu de: le Sacrifice, c'est le devoir, c'est le salut, de M. Henry Pâté; l'Amour marié, de M. Ernest Gaubert; Nannio, de M. M. Luguet; l'Amour doux et cruel, de M. Jules Bois.