Dr Rodriguez. Professeur Chantemesse. Dr Chantemesse fils.

Une séance de vaccination antityphique à l'Hôtel-Dieu.

LE VACCIN DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE

UNE NOUVELLE CONQUÊTE DE LA SCIENCE FRANÇAISE

Lorsque le docteur Roux découvrit le sérum de la diphtérie, quand Koch lança prématurément le vaccin de la tuberculose, il y eut en France, et dans l'humanité tout entière, une explosion d'enthousiasme. Après de longues recherches, le vaccin de la fièvre typhoïde a été trouvé; depuis plusieurs mois, il donne dans notre pays comme à l'étranger des résultats merveilleux, et, pourtant, la chose est à peine connue du grand public.

A quoi cela tient-il? A plusieurs causes d'ordres très divers.

Les premières expériences de vaccination typhique préventive sur des animaux remontent à une vingtaine d'années. Pendant longtemps, avec une prudence peut-être excessive, mais qui est dans les belles traditions de la science française, on n'osa pas expérimenter sur l'homme, sous prétexte que, la fièvre typhoïde humaine différant sensiblement de celle des animaux, on ne pouvait tirer argument de l'immunité conférée à ces derniers. D'illustres biologistes entendaient ne rien entreprendre avant d'avoir réussi à donner au chimpanzé la «vraie» fièvre typhoïde. Dans ces conditions, les résultats furent obtenus progressivement, sans éclat, timidement presque, et en soulevant des critiques ou des réserves plus ou moins justifiées.

En second lieu, il faut tenir compte de la résistance instinctive du public devant toute médication nouvelle qui n'est pas bruyamment lancée; tenir compte encore de son indifférence vis-à-vis d'un mal simplement éventuel. Le sérum antidiphtérique s'attaque à une maladie déclarée; la vaccination antityphique est, avant tout, préventive, à l'instar de la vaccination jennérienne. Or, ce n'est pas du jour au lendemain qu'on prendra l'habitude de se faire vacciner contre le typhus comme on se fait vacciner aujourd'hui contre la variole.

Enfin, et ici je touche un point particulièrement délicat, deux vaccins français se trouvent en présence: le vaccin «civil» du professeur Chantemesse et le vaccin «militaire» du professeur Vincent. Ces deux spécialistes ont dans le monde savant une situation éminente; leur probité scientifique est égale. Chacun reconnaît la valeur du vaccin rival, tout en croyant son propre vaccin supérieur. Autour des deux intéressés les avis sont aussi partagés: chaque vaccin a ses partisans ou ses détracteurs. Ces querelles désorientent le public et ébranlent sa confiance--chose d'autant plus regrettable que, de l'aveu de tous les gens compétents, et abstraction faite de mérites particuliers en discussion, les deux vaccins donnent des résultats qui paraissent souverains.

La fièvre typhoïde fait normalement en France 5.000 victimes par an. Elle sévit dans toutes les classes. Puisqu'il est désormais un moyen certain, semble-t-il, de l'éviter, L'Illustration a pour devoir d'éclairer le public de façon aussi complète qu'impartiale.