LA NOUVELLE GUERRE DE MACÉDOINE
Phot Wagner.
A L'ASSAUT DE KSIBA.--Un passage difficile de l'artillerie de 75:
pièce tirée à bras par des tirailleurs algériens.
L'un des officiers qui, les 8 et 10 juin derniers, dans l'Atlas marocain, dirigeaient les fougueux assauts par lesquels la colonne Mangin emporta la kasba Ksiba, repaire de Moha ou Saïd, décrivant ce nid d'aigles qui nous coûta si cher, en dit simplement: «Ksiba est située à 1.000 mètres d'attitude, dans un pays difficile.» On ne saurait pousser plus loin la concision, qualité primordiale du style militaire, non plus que la modestie. Le fait est que les chemins que nos soldats durent emprunter pour atteindre leur but défiaient en âpreté toute description, et que seule la photographie peut donner une idée exacte des difficultés qu'il fallut vaincre. Cest ainsi que les tirailleurs durent tirer à bras jusqu'aux crêtes les pièces d'artillerie, par des sentiers abrupts, rocailleux, zigzaguant entre des buissons épais. Dans le même temps, les goumiers marocains du lieutenant Delhomme, descendus de leurs chevaux, lancés en avant de la colonne, se défilaient un à un le long de chemins couverts, bordés de végétations denses, éminemment propices aux embuscades, pour gagner le pied d'un piton qui dominait le village et qu'ils étaient chargés d'emporter d'assaut. Et l'on s'explique, à la vue de ce terrain chaotique et broussailleux, comment la vaillante colonne fut si cruellement décimée.
D'ALGER AU DAHOMEY
PAR TOMBOUCTOU
Lorsque, il y a peu de mois, le général Bailloud fut atteint par la limite d'âge, l'énergique et toujours jeune commandant en chef du 19e corps d'armée ne voulut point revenir en France sans avoir fait une dernière et exceptionnelle randonnée d' «Africain». Et voilà comment, accompagné d'un officier d'élite, le lieutenant Labrue, maintenant capitaine, le général Bailloud réalisa, d'Alger au Dahomey, à travers les périlleuses étendues sahariennes, un raid qui témoigne d'une vigueur physique et d'une énergie morale que l'ancien chef de nos troupes d'Algérie saurait mettre, le cas échéant, au service du pays, à la tête d'une des formations de réserve, noyau de notre armée de seconde ligne. Sur ce «tourisme» d'étude au Soudan, nous sommes heureux de publier quelques intéressantes photographies et notes de route.
Les plus hautes personnalités civiles et militaires et les nombreux amis du général Bailloud s'étaient réunis, le 24 novembre 1912, vers 8 heures du soir, sur les quais de la gare d'Alger pour saluer le commandant en chef du 19e corps, qui, le matin même, avait quitté son commandement.
C'est d'ordinaire sur les pontons de la Compagnie Générale Transatlantique que se déroulent ces cérémonies d'adieux; mais l'ancien chef du service des Étapes à Madagascar, l'ancien commandant de la colonne expéditionnaire de Chine, des 20e, 17e et 19e corps d'armée, atteint maintenant par l'inflexible limite d'âge, n'emprunte pas la voie normale pour se rendre en France. Il gagne la Touraine, où il a fixé sa résidence d'été, en passant par... Tombouctou et en procédant en cours de route à des expériences de télégraphie sans fil qui permettront peut-être d'établir la liaison tant cherchée entre l'Algérie et le Soudan.
Un officier, le lieutenant Labrue, deux caporaux radio-télégraphistes, munis d'un poste récepteur de télégraphie sans fil, deux ordonnances, une petite escorte prise sur place: c'est, estime le général, plus que suffisant pour traverser le Sahara où pourtant un important rezzou vient d'être signalé.