Le général Bailloud achète la lance
d'un chef touareg.

Tougourt devait être gagné par la voie des airs. Une série d'accidents survenus aux appareils du centre d'aviation de Biskra priva le général Bailloud de ce mode de locomotion. C'est en auto qu'il arrive dans la capitale de l'Oued-Rhir, et à cheval qu'il fait son entrée à Ouargla, où les dernières troupes régulières du 19e corps adressent leur adieu au chef qui les a si brillamment commandées pendant de longues années.

La «Sauterelle» du caporal Cros, pilotée par le lieutenant de Lafargue qui a réussi, au prix de quels efforts, à faire la route Biskra-Ouargla, prend, à son bord, le général jusqu'à la Gara-Krima, à quelques kilomètres au sud d'Ouargla; puis c'est le méhari, la seule monture possible au désert, qui va le transporter, trop lentement à son gré, d'une «rive à l'autre du Sahara».

Un passage difficile dans la koudia
du Hoggar.

Ouargla et Gao, ainsi sont baptisés les deux méhari du général. Le premier, très calme, va de son pas tranquille et n'est pas impressionné le moins du monde par les «pull up» de son cavalier qui se croit encore sur un pur sang. Gao, qui vient d'être arraché aux douceurs du pâturage, manifeste d'abord une ardeur qui effraie un peu les braves Chaambas habitués à cheminer lentement sur les pistes du désert. Au bout de quelques jours, il reprend l'allure caractéristique de sa race, et seuls des airs entraînants comme le Danube bleu ou la Chanson du petit paveur parviennent à lui faire donner plus que les six kilomètres réglementaires.

La Noël est fêtée aux portes d'In Salah le 25 décembre et pour la première fois les petits Chaambas voient un arbre de Noël. Les innombrables menus objets apportés dans ce but d'Alger font la joie des enfants d'indigènes, comme à la même heure, dans la mère patrie, la distribution traditionnelle de joujoux à tous les jeunes frères de France. Le 5 janvier 1913, les tentes sont dressées dans les gorges de Takombaret.

Du 17 au 21 janvier, on chemine péniblement par les sentiers impossibles de la Koudia du Hoggar, au milieu de blocs énormes jetés au hasard par des Titans, et figurant des animaux fantastiques, des châteaux forts du moyen âge, de vieilles églises des Flandres, tandis que, çà et là, des pitons émergent. Le 21, au soir, on arrive à Fort-Motylinsky. Le 25, on touche à Tamanghasset, où le général retrouve un vieil ami, le Révérend Père de Foucauld, le plus grand marabout du Sahara, et nourrit pendant quarante-huit heures toute une tribu touareg avec un sac de bechna. Un nouvel arbre de Noël, suivi d'une large distribution d'épingles de nourrice, de petits savons et de glaces à deux sous, attire sur la tête du général et de son officier d'ordonnance les bénédictions de toutes les Targuistes jeunes et vieilles. L'horrible Tanezrouft est franchi du 31 janvier au 3 février; le 4, on prend de l'eau à Tin-Gahor, point important de bifurcation du futur railway transafricain, et, le 11, on installe le campement à Bou-Ghessa, à la frontière de l'Algérie et de l'Afrique Occidentale française, où s'opère la jonction des méharistes algériens et soudanais. Cet événement saharien fut marqué par des fêtes superbes qui se déroulèrent dans un cadre majestueux et sous une tempête de vent et de sable comme on ne peut en voir qu'au Sahara. Un mât de cocagne remplace l'arbre de Noël, et ce divertissement inconnu jusqu'alors au Sahara excite l'enthousiasme universel. Le 18 février, Kidal; le 1er mars, Bourem, sur le Niger; au total, près de 3.000 kilomètres franchis en moins de trois mois.
Itinéraire du général Bailloud, d'Alger à Porto-Novo.