--Regardez-moi, monsieur, lui dit le piètre sous-préfet qui représente en ce lieu l'autorité du sultan; regardez-moi, monsieur, suis-je assez misérable? Et la souveraineté du sultan ne s'est jamais manifestée en ces lieux que par des pauvres hères comme moi. Quel peuple, je vous le demande, quel conquérant aurait montré pour les gens qui vivent ici plus de tolérance religieuse? Dans notre loi, ils sont restés aussi libres, plus libres même que sous les empereurs de Byzance. Ils n'ont pas eu à subir un centième des rigueurs qui furent imposées aux moines de France et qu'ont connues aussi les moines de la catholique Autriche et de la très chrétienne Espagne... Tous ces moines se détestent à mort. La haine qu'ils ont contre l'islam est le seul lien qui les rassemble. Lorsque nous ne serons plus là, ces Russes, ces Grecs, ces Serbes, ces Roumains, ces Bulgares, se déchireront entre eux.

C'est fait. La prédiction se réalise. Mais les querelles de moines sont maintenant des querelles de peuples qui se règlent à coups de canon devant le Turc, intéressé, qui regarde... Le pessimisme de MM. Tharaud est une douloureuse vérité actuelle, et nous en souffrons, dans notre âme occidentale fraternelle qui connut d'enthousiastes émotions lors de la belle offensive bulgare, de la résurrection hellénique, et de ces premières victoires serbes dont un témoin émerveillé, M. Henry Barby, correspondant de guerre du Journal, vient de rappeler, en un précieux livre du souvenir (2), les heures héroïques et pures.

Note 2: Les Victoires serbes, par Henry Barby. Bernard Grassel, éditeur. 3 fr. 50.

Albéric Cahuet.

LES THÉÂTRES

«Rome n'est plus dans Rome...» La Comédie-Française est à l'Opéra-Comique. Depuis quelques jours, sociétaires et pensionnaires du Français occupent, rue Favart, les loges des artistes de la maison que la «fermeture annuelle» met en congé. Ainsi, Oedipe, Tartufe, le gendre de M. Poirier, vivent provisoirement sur les domaines d'Aphrodite, de Manon et de Lakmé. Villégiature estivale. Durant ce temps, les architectes apportent des aménagements nouveaux à notre première scène qui, lois de sa réouverture, en septembre, s'ornera, --enfin!--du beau plafond de Bernard, dont le marouflage nécessite des travaux minutieux et longs et pour la pose duquel il a fallu fermer les portes.

Aux arènes de Lutèce, qui, dans leur étal actuel, forment rue Monge un agréable square de pierres vénérables et de jeune verdure, quelques représentations théâtrales viennent d'être données par les soins de Mme Caristi-Martel qui, l'an dernier, inaugura cette scène de plein air dans un quartier de Paris. Un drame en quatre actes, l'An Mille de M. Maurice Magre, composait l'essentiel du spectacle. Cette oeuvre aux grandes lignes, où l'amour s'oppose au fanatisme, écrite en vers sonores, et parfaitement jouée, a obtenu un succès très vif.

A propos de spectacles de plein air, il convient de signaler, à cette place, Bérénice, tragédie en trois actes, de M. Albert du Bois, représentée ces jours passés aux arènes de Nîmes et qui provoqua--et ce fut justice--l'enthousiasme d'un auditoire des plus nombreux. Cette pièce, d'une haute tenue littéraire, oeuvre d'un lettré subtil, a cependant ému la foule parce qu'elle est claire, simple, rapide, humaine. Elle s'offrait dans le cadre qui lui convenait le mieux.

LE NOUVEAU PRÉSIDENT D'HAÏTI