Ce qu'est le légionnaire au feu, il est inutile de le rappeler en ces lignes, car notre article prendrait les proportions d'un fabuleux livre d'or. Mais toutes nos illustrations des campagnes coloniales de la France ont toujours représenté, au premier plan de nos héros, le légionnaire. Que ce soldat, admirable en campagne, soit plus facilement que tous autres déprimé par la vie de garnison où se réveillent trop souvent les instincts de ces natures ardentes et impulsives, on ne saurait s'en étonner. Il en résulte la nécessité d'une stricte discipline qui n'a point d'ailleurs le même caractère impitoyable que celle dont on est obligé d'user pour les bataillons d'Afrique et qui doit être opportune et appropriée à des éléments d'origine si diverse. «Il faut, écrit le général Bruneau, un doigté spécial, «une main de fer dans un gant de velours», et les colonels qui ont laissé le meilleur souvenir à la légion sont précisément ceux qui ont su allier dans une juste mesure ces deux manières si différentes de s'imposer: la bienveillance et la sévérité».
Au reste, la vie que l'on mène à la caserne des deux dépôts, à Sidi-Bel-Abbès et à Saïda, est la même que celle des autres corps d'Algérie, avec les manoeuvres et les corvées d'usage. Les casernements, nos photographies en témoignent, ont tout le confortable militaire. La table est substantielle et variée comme le montre la feuille de menus ci-contre.
1er RÉGIMENT ÉTRANGER
25e COMPAGNIE
(Bel-Abbès) MENU du 11 au 17 Juillet
Matin 11 Juillet Soir
Soupe grasse Potage pâtes d'Italie
Boeuf sauce moutarde Boeuf rôti
Nouilles au gratin Salade panachée
12 Juillet
Soupe paysanne Potage vermicelle
Boeuf sauce piquante Ragoût de boeuf aux carottes
Haricots blancs à la maître d'hôtel
Salade Choux braisés
13 Juillet (Dimanche)
Potage pâtes d'Italie Soupe grasse
Biftecks
Haricots verts en salade Boeuf sauce moutarde
Tomates farcies
Salade garnie Riz au gras
Vin Salade
14 Juillet (Menu spécial)
Réveil
Chocolat--Brioche
Après la revue
Vin blanc--Gâteaux secs
Déjeuner
Oeufs aux anchois
Tomates farcies
Oies rôties
Pommes duchesses
Salade russe
Crème à la vanille
Fromage de Lorraine
Vin
Café--Liqueurs
Cigares
Matin 15 Juillet Soir
Soupe à l'oignon Potage tapioca
Boeuf sauce piquante Boeuf rôti
Macaroni sauce tomates
Salade Ragoût de pommes et choux
16 Juillet
Soupe aux haricots Potage semoule
Boeuf en vinaigrette Ragoût de mouton aux pommes
Purée de pommes
Salade Carottes sauce blanche
17 Juillet
Soupe légumes Soupe au riz
Boeuf sauce Robert Boeuf sauce moutarde
Haricots blancs à la Bretonne
Salade Pommes au four
Il ne semble point vraiment qu'à la légion on puisse se plaindre de la nourriture. Quant aux officiers qui ont à appliquer la discipline, ils forment généralement, par les soins de leur recrutement, un corps d'élite. Il faut donc en finir avec la légende de mauvais traitements qui seraient systématiquement appliqués aux légionnaires et qui rendraient vraiment inexplicable l'afflux ininterrompu des engagements à la légion, par exemple, ceux des Allemands qui désertent pour fuir les brutalités en usage dans l'organisation militaire de l'empire. A chacune des violentes et périodiques campagnes menées contre la légion par la presse allemande, d'anciens légionnaires se sont dressés pour faire eux-mêmes justice de ces attaques,--ces anciens légionnaires que chaque année, à Paris, réunissent des belles fêtes de camaraderie où l'on voit fraterniser officiers, sous-officiers et soldats des régiments étrangers et qui suffisent à prouver, avec le culte que conservent à la légion tous ceux qui y ont honnêtement servi, l'attachement des uns et la reconnaissance des autres.
Albéric Cahuet.
Les légionnaires au jardinage, à Saïda.
UNE VISION DU PARIS NOCTURNE, PENDANT LES FÊTES DU 14
JUILLET: LES DIVERTISSEMENTS DE QUARTIER.--Phot. L. Gimpel.
Le temps, cette année, n'a guère favorisé les réjouissances du 14 juillet: le lundi, jour de la fête nationale, une pluie inopportune vint par instants troubler les bals des rues et des carrefours. Heureusement, la veille, il avait fait beau, et, des trois soirées consacrées, suivant l'usage, aux divertissements populaires, ce fut celle du dimanche la plus joyeuse, la plus animée. Devant les estrades pavoisées où s'essoufflaient les musiciens, on dansa avec entrain, fort avant dans la nuit, et les obligatoires «chevaux de bois» eurent leur habituel succès: notre photographie, prise sur l'un des emplacements qu'ils ont coutume d'occuper, rue de Médicis, près des jardins du Luxembourg, en donne une pittoresque image, montrant, en contraste, la foule attirée, autour de l'éblouissant manège, par les lumières et le bruit, et le calme bassin où dorment les eaux, éclairées de mouvants reflets.