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Une chambrée. |
Chez le coiffeur. |
La vérité, c'est que non seulement à l'étranger, mais en France même, on est, d'une façon générale, très peu renseigné sur la légion dont l'organisation et la composition sont choses fort mal connues du grand public, du monde parlementaire, voire de certains milieux mêmes de l'armée. La psychologie des régiments étrangers, le pittoresque des divers contingents qui les alimentent et auxquels M. le général Bruneau a consacré un excellent chapitre de son dernier livre: En colonne (Calmann-Lévy, éditeur), ont fait l'objet de diverses publications, parmi lesquelles il faut citer l'étude du colonel de Villebois-Mareuil, publiée en 1896 dans la Revue des Deux-Mondes, et le livre ardent de M. Georges d'Esparbès sur la Légion étrangère. Pour l'organisation même des régiments étrangers, dont nous allons tâcher de donner un exposé précis, on pourra consulter, avec l'édition méthodique du «Bulletin officiel du Ministère de la Guerre» (2e partie, cadres et effectifs), le Recueil de documents sur la légion présenté par le lieutenant-colonel Morel (Chapelot, éditeur), un article anonyme paru dans l'Opinion du 11 mars 1911, et le très intéressant travail sur la Légion étrangère et les troupes coloniales, publié par la librairie Chapelot encore, sous la signature G. M.
LES ORIGINES
La légion étrangère, qui a pour statut organique actuel le décret du 4 septembre 1864, a été créée par l'ordonnance royale de 1831. Ce n'était point un dernier vestige conservé des régiments étrangers suisses, allemands, irlandais, qui entrèrent dans les armées de l'ancien régime en France, comme chez les autres puissances. Encadrée par des officiers en majorité français, et composée en grande partie, à l'origine, par de nombreux bannis politiques, Polonais, Belges, Italiens, Allemands, Espagnols, qui étaient venus chercher un refuge chez nous, la légion avait, dès sa formation, pris un caractère très différent des régiments mercenaires dont on achète les services. Le corps comprit d'abord 7 bataillons de 8 compagnies chacun et les hommes étaient répartis par nationalité dans les bataillons qui partirent, en 1831, pour l'Algérie où les légionnaires prirent une part fort brillante aux deux sièges de Constantine, à la prise de Zaatcha. Sous le second Empire, la légion se couvrit de gloire en Crimée, en Italie, à Magenta, et au Mexique. En 1870-1871, un corps de légionnaires défend Orléans, avec l'armée de la Loire, puis combat la Commune. Les légionnaires sont de l'expédition de Tunisie; ils prodiguent l'héroïsme en Extrême-Orient, forment le noyau de la colonne du général Doods, au Dahomey, et participent à l'expédition de Madagascar. Enfin, dès que nous tirons le canon au Maroc, les légionnaires y accourent. Ils s'illustrent partout et continuent le feu, presque chaque jour, avec leur traditionnelle bravoure et leur admirable résistance de vieux soldats d'un corps où, seul, le service à long terme a été maintenu. Tels sont les états de service--trois quarts de siècle de combats presque ininterrompus--de cette troupe d'élite dont les attaques si directement intéressées des journaux francophobes voudraient tenter de priver notre défense nationale.
A LA LÉGION.--Dans la cour de la caserne du 1er étranger,
à Bel-Abbès: l'aération de la literie.
ORGANISATION ET RECRUTEMENT
L'organisation actuelle de la légion comporte, pour plus de 12.000 hommes, 56 compagnies réparties en 13 bataillons formant 2 régiments, dont les dépôts respectifs sont à Sidi-Bel-Abbès et Saïda, plus un bataillon de marche, soit plus de 6.000 hommes par régiment, ce qui constitue l'effectif de 3 régiments au moins de l'organisation normale.
La loi du 7 juillet 1900 classe la légion étrangère avec les tirailleurs algériens et les bataillons d'infanterie légère d'Afrique dans la catégorie de réserve de l'armée coloniale, bien qu'en fait l'emploi de la légion comme troupe d'occupation permanente coloniale soit consacré depuis bientôt trente ans.
Le recrutement des régiments étrangers s'opère exclusivement par voie d'engagements volontaires, dont la durée est uniformément fixée à cinq ans, et de rengagements.