Les premiers secours aux blessés sur le champ de bataille de Kilkiz.
Phot. J. Leune.

Un peu plus tard dans la soirée, le roi nous faisait le grand honneur de nous recevoir, dans la salle rustique où deux longues planches non rabotées, posées sur des tréteaux, servent tantôt de table de travail pour lui et son état-major, tantôt de table à manger.

Il portait la même tunique blanche toute simple et une casquette blanche à galon d'or. Il vint vers nous et nous tendit la main.

Il parla... Et voici que, maintenant, j'ai peine à me rappeler ses paroles, tant j'étais sous le charme étrange qui émane de toute sa personne.

Le roi voulut bien d'abord s'inquiéter de savoir si nous avions trouvé à nous loger ici, si nous étions contents... Puis, sans transition, de sa voix aux intonations rapides et mouvementées, il me dit: «Eh bien, vous voyez maintenant quelque chose de plus grand... et de plus dur aussi. Car cette guerre est rude, et c'est pour cela qu'elle m'intéresse... Les Bulgares résistent bien, mais l'enthousiasme de mes troupes est incroyable, indescriptible... Oui, Kilkiz sera dur à prendre, mais nous le prendrons.»

Puis, comme nous parlons de la diplomatie, de son impuissance à éviter la guerre, seul moyen, bien souvent, de régler définitivement les différends entre Etats: «Vous croyez, s'écrie le roi, que j'aime la guerre, moi! Certes, pas du tout... Mais il y a évidemment des cas où elle est parfaitement excusable, nécessaire... Il y a parfois des ballons très gros, qu'il faut un jour crever parce qu'ils deviennent encombrants. Leur enveloppe est souvent dure à percer... mais, dès qu'on y a pu faire un tout petit trou, le ballon se dégonfle tout d'un coup...»

Et, donnant tout à coup à la conversation un tour différent:

--Ah! si vous voulez des nouvelles, dit le roi, en voilà: la 7e division sur notre droite a pris Nigrita qu'elle a trouvé en flammes. Tous les habitants en ont été affreusement massacrés. Ce n'est, par toute la plaine, que cadavres mutilés de femmes, d'enfants et de vieillards. Voilà comment agissent les Bulgares vaincus. Ils sont pires que les Turcs. Enfin, nous leur avons pris beaucoup de canons et fait beaucoup de prisonniers...

L'audience se terminait sur ces paroles. Sa Majesté nous tendait de nouveau la main et s'en allait retrouver ses officiers qui l'attendaient penchés sur la carte.