Le secret de cette résistance?--Sa sobriété extrême.
Le soldat grec ne boit jamais que de l'eau. Il éprouve un irrésistible dégoût physique pour l'alcool. Cette sobriété fait qu'il est aussi sain d'esprit que de corps. Son moral est donc parfait, son enthousiasme indescriptible.
C'est pour toutes ces raisons que la marche en avant d'une armée composée de tels soldats, au surplus d'une rare intelligence et d'une grande souplesse d'esprit, est si foudroyante et tellement irrésistible.
Une constatation d'ordre plus général est encore à faire:
Nous avons vu que les Bulgares se sont partout désespérément accrochés au terrain et l'ont même fait avec beaucoup d'art. Pourtant, les Grecs ont enlevé toutes leurs positions d'assaut, sans, de leur côté, faire le moindre travail de sape, sachant seulement utiliser le terrain. L'élan a donc triomphé du retranchement. Et il en sera toujours ainsi lorsque l'assaillant sera intelligent et souple. C'est seulement s'il est lourd et de mouvements massifs et lents, qu'il se laissera fatiguer par cette suite ininterrompue de petites résistances inattendues, qui finiront très vite par briser son élan et le mettront à la merci du défenseur passant alors résolument à l'offensive.
LA PRISE DE DOÏRAN
Dimanche, 6 juillet.
Doïran est pris. L'extrême gauche de l'armée grecque est donc victorieuse comme l'aile droite et comme le centre. Dix canons de 87mm ont été enlevés, des munitions en quantité et tous les vivres amassés à la gare et dans la ville de Doïran, soit 400.000 oques de farine (l'oque fait environ 1.200 gr.), 200.000 de fourrages, 100.000 de galettes, 50.000 de riz, 20.000 de haricots, 20.000 de sucre.
Les hommes, ici, trouvent cela tout naturel. Comme nous nous étonnons que l'annonce de cette nouvelle victoire semble n'impressionner nullement quelques evsones: «Eh quoi? nous répondent-ils. Pourquoi ferait-on la guerre, alors, si ce n'était pour prendre des canons, du matériel et toutes sortes d'autres choses à son adversaire?»
Si la victoire semble aux soldats grecs une chose toute naturelle, il faut cependant bien remarquer qu'elle n'était pas si facile à obtenir, et qu'elle constitue pour l'armée grecque un triomphe sans précédent encore pour elle, triomphe dont la préparation scientifique place son roi-généralissime et son état-major sur la même ligne que les tout meilleurs généraux d'Europe, et dont la réalisation pratique met l'officier et le soldat grec au niveau des officiers et soldats des meilleures armées modernes.
Jean Leune.