SOLDAT BULGARE ET SOLDAT GREC

Samedi, 5 juillet.

La 2e division a reçu l'ordre de partir pour Kiourkout. Nous quittons Sarikeuy en même temps qu'elle et nous nous dirigeons tout de suite vers Kilkiz.

Nous traversons de nouveau le champ de bataille, cette fois en son centre. Les cadavres sont innombrables ici comme sur les autres points.

Nous passons rapidement les ruines fumantes de la ville et nous nous dirigeons vers Sarigol, station de Kilkiz sur la ligne ferrée de Salonique à Constantinople.

De ce côté, la lutte a été très chaude aussi. Lutte d'infanterie extrêmement intéressante. En effet, sur plusieurs kilomètres, on peut «lire» positivement sur le terrain toutes les phases du combat et de la retraite des Bulgares. Ceux-ci ont combattu et se sont retirés selon toutes les règles de l'art. En avant, vers le village, c'est d'abord une ligne continue de trous de tirailleurs, formant une longue tranchée pour tireurs couchés. Puis, à 25 mètres en arrière, une ligne de trous de tirailleurs d'une longueur de section. A la même hauteur, mais plus loin encore, une ligne pour une section. Et ainsi de suite les unes derrière les autres, à 25, 30 ou 50 mètres, suivant la configuration du terrain, les lignes se succèdent. Ces trous de tirailleurs sont bien faits. On voit que le soldat bulgare est habitué à remuer la terre.

Devant les lignes, l'incendie a noirci la terre. Ce sont les Bulgares qui, au fur et à mesure de leur retraite, mettaient le feu devant la ligne qu'ils abandonnaient. Le vent, en effet, chassait la fumée vers les Grecs qu'elle aveuglait, tandis que les cendres chaudes rendaient leur marche très difficile, précaution savante mais vaine, puisqu'elle n'a pu empêcher les vainqueurs d'avancer.

De tout ce que nous venons de voir, il y a des conclusions à tirer:

D'abord, en ce qui concerne le soldat grec en particulier. Il vient cette année de s'affirmer un soldat incomparable parce qu'en premier lieu d'une résistance à toute épreuve, tant au froid qu'à la chaleur. Nous l'avons vu rester, en Epire, des mois entiers dans la neige et l'immobilité d'un siège, par des froids de 15° et 20° au-dessous de zéro. Il ne s'est jamais plaint, et les maladies l'ont très peu visité. Jamais ce froid ne l'a empêché de combattre ni de donner tous les efforts que ses chefs lui demandaient.

Maintenant, c'est le contraire. La chaleur est torride. Nous avons, au milieu de la journée, de 30° à 35° à l'ombre, ce qui fait des 45° et 50° au soleil. Par ces températures effrayantes, il marche, il se bat, il poursuit... Ses chefs eux-mêmes sont étonnés.