Un petit port de la Manche--Etaples, dans le Pas-de-Calais--à l'heure crépusculaire. Une lune d'or pâle flotte dans un ciel de défaillant azur. Les chaumières déjà s'allument, et, vers ces phares familiers, les dernières barques errantes se sont hâtées. La pêche de la journée déposée sur la plage, c'est pour les marins la brève halte à terre jusqu'à la marée prochaine, le maigre repas, le sommeil inquiet qu'interrompra avant l'aube le lever de la brise ou le bruissement du flot qui monte.

M. Van der Weyden, dans ce Calme du soir qui était l'un des bons tableaux du dernier Salon (Société des Artistes Français), a noté d'un oeil délicat et exercé les nuances fugaces dont se masquent et s'harmonisent, à cette heure incertaine, les tons les plus criards dans la lumière du jour--ainsi la parure violente des bateaux--et, d'un pinceau habile, il a fait miroiter l'eau prête à s'assoupir et scintiller doucement les paniers lourds de poissons aux reflets nacrés.

[Ici s'intercale une gravure en couleurs hors texte: LE CALME DU SOIR.]

Après la bataille de la Bregalnitza: un convoi de blessés serbes.

COMMENT LES SERBES ONT VAINCU LES BULGARES

AU QUARTIER GÉNÉRAL DU PRINCE ALEXANDRE

Gradista, 10 juillet.

D'Uskub à Kumanovo, trajet que nous avons fait, en deux heures, dans un wagon de première classe réservé à notre transport, nous avons pu nous rendre compte que tout était prévu et exécuté par une organisation de premier ordre. Partout se révèlent des hommes d'initiative et un fonctionnement exact et sans heurt de tous les rouages. A la station de Kumanovo, trois automobiles envoyées par les soins de l'état-major de l'armée du prince royal nous enlèvent rapidement et, en moins d'une heure, par une route excellente, aménagée avec soin par le génie serbe, nous déposent à Gradista, auprès des tentes où se trouve bivouaqué le quartier général de la 1re armée.