Lorsqu'on étudiera sans parti pris et dans le calme nécessaire les guerres d'Orient de 1912-1913, on devra reconnaître à la bataille de Nigrita-Kilkiz-Doïran une importance plus grande encore qu'à celle de Lule-Bourgas.

Le total et la proportion des effectifs en présence étaient sensiblement les mêmes dans les deux batailles.

Dans celle dont je vais résumer les phases, les Bulgares disposaient de 85.000 à 90.000 hommes et les Grecs de 100.000 à 110.000 hommes. Mais, alors qu'à Lule-Bourgas le terrain est à peine accidenté, puisque la cote la plus forte du champ de bataille n'atteint que 143 mètres, ici les opérations se sont déroulées tout le temps en pays montagneux, avec des cotes de 400, 500 et 600 mètres, fourmillant de positions naturelles formidables. De Lule-Bourgas à Bounar-Hissar, il n'en est pas une seule comparable à celles de Lahana ou de Kilkiz, par exemple.

D'autre part, les Turcs n'avaient pas fait là-bas des travaux de défense comme ceux qu'avaient préparés à Kilkiz les Bulgares, avec une science à laquelle on ne saurait trop rendre justice.

Enfin, je veux espérer que l'Europe, qui a porté aux nues le soldat bulgare après sa fameuse victoire de Thrace, ne lui fera pas l'injure de croire maintenant qu'il n'était pas en Macédoine un adversaire singulièrement plus aguerri, plus solide et plus dangereux pour les Grecs, que ne le furent jamais les Turcs pour lui.

Il faut donc reconnaître que, dans ces conditions, la victoire était pour les Grecs infiniment plus difficile à remporter sur les Bulgares qu'elle ne l'avait été pour ceux-ci à remporter sur les Turcs.

Et j'ajouterai encore que les spécialistes les plus pointilleux n'auront plus cette fois à faire aux Grecs les objections qu'ils leur ont faites pour les batailles de Sarantaporou et de Yénitza, à savoir qu'elles ne comportaient pas, comme celle de Lule-Bourgas, toutes les phases «réglementaires» d'une grande bataille moderne, depuis le premier combat de rencontre entre l'avant-garde de l'armée qui se met en marche, après une première attaque manquée de l'ennemi, et les avant-postes de celui-ci dont elle ignore absolument les emplacements, jusqu'à la poursuite définitive que de brillantes contre-attaques du vaincu n'ont pu empêcher ni retarder.

Ceci dit, voyons comment s'est développée cette bataille, non dans l'un ou l'autre de ses épisodes particuliers, mais dans son ensemble.

LES ARMÉES EN PRÉSENCE

Dans l'indiscutable intention de prendre un jour Salonique aux Grecs, les Bulgares avaient, ces deux derniers mois, massé entre Doïran et le Panghaion de 85 à 88 bataillons de 1.000 hommes avec 180 canons de campagne.