Ils y sont arrivés pourtant. Et, après un succès d'une telle portée, qui donc pourrait encore mettre en doute la valeur de l'armée hellénique et de ses chefs?
Le chiffre des pertes grecques qui, sur toute la ligne et pour quatre jours de bataille ont atteint 10.000 hommes (beaucoup d'officiers, dont 6 colonels, hors de combat); celui des pertes bulgares qui sont supérieures encore; c'est-à-dire un total de pertes de 20.000 à 25.000 hommes,--voilà une dernière preuve irréfutable de l'importance et de la gravité de cette bataille....
Jean Leune.
DANS LES TRANCHÉES SERBES, SUR LA FRONTIÈRE BULGARE
VERS LE FRONT, EN AVANT d'EGRI-PALANKA
Egri-Palanka, 17 juillet.
Nous venons de quitter ce matin, pour le front, le bivouac du quartier général de la première armée, établi, depuis le 14 juillet, à Tserni-Vrh.
Notre départ du camp du prince royal ne manquait pas de pittoresque. Aux premières lueurs du jour, on voyait sur les pentes abruptes et sauvages du Tserni-Vrh (Montagne Noire) quelques fiacres à l'aspect douteux, qui jadis avaient dû servir à véhiculer les élégants d'Uskub, et qui, maintenant, au milieu de ces scènes de guerre, haletaient péniblement en gravissant les contreforts rocheux de la montagne, alourdis de toute la mauvaise humeur d'étranges correspondants, aussi pesants que germaniques.
La belle jeunesse dont, avec Reginald Kann, je m'honorais d'être, caracolait sur quelques coursiers assez peu fringants et de taille minuscule autour du capitaine Stoïanovitch, chargé de nous guider.
C'est au milieu d'un paysage alpestre que de Tserni-Vrh nous descendîmes par une excellente route en lacets, aménagée par le génie serbe, sur Kratovo d'abord, puis sur la vallée de la Kriva que nous devions remonter jusqu'à notre gîte d'étape pour ce soir.
Kratovo, petite ville enfouie au fond du thalweg de la Kratovska, étroitement serrée entre deux murailles grises de rocs dénudés qui la dominent à pic, ressemble, avec ses toits de tuiles brunes et ses minarets rouges, à un champ fraîchement labouré où seraient fichées en terre des lances encore sanglantes. Quelques restes de ruines curieuses appartenant à l'époque de la féodalité byzantine attestent l'antique existence de la petite cité où plus rien ne vit, plus rien ne se meut. La guerre avec ses horreurs est trop près, les habitants ont disparu fuyant à l'aventure, et, dans les champs, les moissons sèchent sur pied, oubliées, inutiles. Cependant, un peu plus loin, des femmes, la faucille à la main, tranchent quelques épis et tentent, pendant qu'il en est temps encore, d'amasser le maigre butin de quelques gerbes.