Nous commencerons dans le prochain numéro de La Petite Illustration (série roman) la publication d'une œuvre profondément originale et émouvante de M. Gaston Rageot:

La Voix qui s'est tue.

Nous publierons ensuite le grand roman, si attendu, auquel travaille encore le maître de la psychologie contemporaine, M. Paul Bourget:

Le Démon de midi.

COURRIER DE PARIS

LES OMBRES

Dieu n'a peut-être créé le rayon que pour nous donner l'ombre.

Si l'ombre est, en effet, la fille du rayon, elle est parfois--bien que diversement--aussi belle que lui. Elle l'explique, le fait valoir, le formule et l'achève. Elle est, par opposition, son calme et son repos. Elle le disperse, et l'étale comme un baume.

C'est seulement en pleine nature, et l'été, sous le ciel libre et mis à nu, hérissé de lumière, que je jouis des ombres. Elles passent pourtant inaperçues de la plupart des hommes qui ne se doutent pas de ce que serait le monde si tout à coup, par toute la terre, de toutes les surfaces où, comme de grands et petits oiseaux momentanément immobiles, elles sont éployées... les ombres s'envolaient!... Oui... Le temps de tourner la tête, et plus d'ombres! Si nos yeux, qui ne s'occupaient pas d'elles, étaient attirés, ramenés soudain vers la place, immense et dévastée, qu'elles meublaient tout à l'heure, et que nous fussions, en un éclair, terrifiés de leur disparition et aveuglés de leur absence! Effroyable pensée qui nous disloque, et que repousse en nous tout ce qui s'émeut! tellement l'ombre s'impose au désir des sens, à l'instinct du cœur, à la sagesse du rêve. Elle est une nécessité, physique et idéale.

Aussi, que les ombres, me plaisent! J'aime vivre avec elles. C'est ma compagnie.