LE BEL EXPLOIT D'UNE BATTERIE GRECQUE DE 75
Livounovo, 22 juillet.
Sur la route que nous venons de quitter, une longue colonne d'infanterie s'avance, long ruban sombre sur la chaussée toute blanche. Des cavaliers vont et viennent à bride abattue, officiers ou porteurs d'ordres. Puis, la colonne quitte la route et marche dans les champs roux sur lesquels elle se fait beaucoup moins visible.
Les Bulgares ont commencé le tir. A 1.000 mètres à peine, devant nous, une lourde fumée grise jaillit brusquement du sol, suivie d'une forte détonation. Un obus vient d'éclater en avant des troupes. Un second, un troisième... Le tir ennemi est trop court; mais, tout de même, il empêchera l'infanterie de progresser dans la plaine... Des cavaliers... Des ordres... Les masses grises des colonnes obliquent sur la droite. Sans précipitation, elles vont se défiler sur le flanc des collines, dans les ravins qui les séparent. Encore des éclatements d'obus bulgares. Sur la fumée grise qui monte en volutes, des silhouettes se détachent très nettement. D'autres sortent de derrière. Les soldats ont l'arme à la main. Au pas de course, en bon ordre, ils gagnent un défilement... L'impressionnante vision! Un, deux, trois obus éclatent encore tout près d'eux. Y a-t-il des tués, des blessés?... Il est très probable qu'il y en a... Mais les survivants ne s'inquiètent pas de si peu.
A gauche de la route, un groupe de cavaliers au galop. Ils vont et viennent, gagnent une ligne d'arbres, reviennent. Des officiers qui cherchent sans doute un emplacement de batterie... C'était bien cela... Dans les champs, à toute vitesse, voici une batterie qui s'élance. Elle gagne la ligne d'arbres, la dépasse. Les attelages ne semblent point s'arrêter. Ils obliquent à droite et vont se dissimuler dans un repli de terrain...
En avant de la ligne d'arbres, quatre taches sombres: les pièces sont en batterie...
Les Bulgares ont vu le mouvement et leurs obus fouillent le terrain pour découvrir les nouveaux venus. C'est en vain... La terre jaillit de partout sous leurs coups. Leurs obus tournent autour de la batterie grecque mais tombent toujours trop loin d'elle pour lui nuire, en avant, en arrière, ou sur ses flancs.
De notre observatoire nous voyons tout à merveille. Mais, derrière nous, un bataillon d'infanterie vient se défiler; puis, dans le ravin, plus bas, une batterie d'artillerie.
Après quelques instants, une dizaine d'officiers forment à côté de nous un groupe assez compact. Les Bulgares allongent leur tir. Shrapnells et obus explosifs viennent maintenant éclater à 200 et 300 mètres en avant de nous. Sans résultats sérieux fort heureusement. La batterie grecque ne répond pas. Car son commandant a repéré l'emplacement de la batterie bulgare. Celle-ci est à 8 kilomètres. Nos pièces de 75 ne peuvent, à cette distance, répondre aux gros canons de 120...
Du groupe d'officiers qui sont venus sur notre observatoire, un commandant se détache: