Au loin, vers l'entrée même du défilé, une haute fumée bleuâtre et qui dure.

La carte indique un pont de ce côté. Selon toute vraisemblance, c'est ce pont qui doit brûler. Donc les bulgares l'ont repassé, vers le nord.
Jean Leune.

LA REPRISE D'ANDRINOPLE PAR LES TURCS

Avant que s'ébranlât vers Andrinople l'armée ottomane concentrée derrière les lignes de Tchataldja, alors qu'on s'étonnait un peu de l'inaction des Turcs quand les circonstances leur étaient si favorables pour reconquérir le terrain perdu, notre collaborateur Georges Bémond, qui, depuis sa belle campagne en Tripolitaine et en Cyrénaïque, ses randonnées de Constantinople au front, et la publication des émouvantes pages qu'il a consacrées aux souffrances de l'armée turque, à ses revers, était, aux rives du Bosphore, comme l'incarnation même de L'Illustration, recevait du colonel Djemal bey, gouverneur militaire de Constantinople, auquel l'unissent une amitié et une estime réciproques, une dépêche pressante: «Nous allons à Andrinople. Venez.--Djemal.»

Ce fut la première nouvelle que nous eûmes des intentions des Turcs.

Il fut malheureusement impossible à Georges Bémond de répondre à cet affectueux appel. Il le regretta.

On connaît les événements qui se sont déroulés depuis lors. Les quotidiens les ont narrés au jour le jour: la retraite précipitée des Bulgares, trop peu nombreux pour accepter le combat; les farouches vengeances qu'ils exercèrent sur des malheureux désarmés, irresponsables, et ces soixante-dix habitants d'Andrinople attachés par deux, par quatre, et noyés dans l'Arda, d'où l'on vient de retirer leurs pitoyables dépouilles...

M. Gustave Cirilli, ancien consul de France, l'auteur de ce «Journal d'un assiégé dans Andrinople» dont nous avons publié des extraits (numéro du 26 avril), vient de retourner passer quelques jours dans la ville où il avait vécu naguère de si mauvaises heures. Il nous envoie--sans insister d'ailleurs sur les atrocités dont la ville reprise fut le théâtre--ses impressions, ses vœux, aussi, qui sont ceux de la majeure partie de la population.

Andrinople, 30 juillet.

Après une courte absence, un voyage à Constantinople, je suis rentré dans l'ancienne Edirné, que j'avais quittée en plein sous le régime bulgare et que je retrouve réoccupée par les Turcs. Les vaincus d'hier, qu'un coup de fortune a ramenés sur les rives de la Maritza, se promènent par les rues, calmes, froids, flegmatiques, mais l'air décidé, et ils sont en effet parfaitement résolus à reprendre pour leur compte la parole connue: j'y suis, j'y reste.