Actuellement, la flotte britannique se trouve presque tout entière réunie dans la mer du Nord pour y exécuter des manœuvres. 72 cuirassés de premier rang, 34 croiseurs cuirassés, 159 destroyers et 47 sous-marins sont concentrés en deux escadres sur les côtes orientales de la Grande-Bretagne. En présence de cette formidable armada, l'Allemagne n'est pas demeurée inactive: au colossal déploiement des forces navales britanniques, elle a répondu par l'occupation, en quelque sorte, des principaux fjords de la Norvège occidentale. La carte ci-dessus, empruntée au journal Aftenposten de Christiania, montre que, du 26 juillet au 4 août, 14 cuirassés et 7 croiseurs allemands sont demeurés mouillés dans la région comprise entre le fjord de Molde et le Hardangerfjord, comme pour faire front aux escadres britanniques.

Avec ses innombrables mouillages très sûrs, accessibles aux plus grands bâtiments modernes, son archipel côtier à l'abri duquel des flottes peuvent, en toute sécurité, charbonner ou se réparer, la côte sud-ouest de Norvège, en saillie entre la mer du Nord et le Skager-Rack, constitue une base d'opérations navales de premier ordre. Comme le parlement de Christiania, ennemi des dépenses militaires, l'a laissée sans défense, cette importante position stratégique se trouve à la disposition du premier occupant. Aussi, depuis longtemps les escadres allemandes viennent-elles manœuvrer dans ces parages et ont-elles reconnu avec le plus grand soin toutes les entrées dans les ports et dans les fjords, afin de pouvoir évoluer sans le secours des pilotes. A la première alerte sérieuse avec la Grande-Bretagne, s'établir sur la côte de Norvège pour attaquer de là l'Angleterre, tel paraissait être le plan de l'amirauté allemande. Mais ce n'était là qu'une hypothèse. Le dispositif adopté ces jours derniers par la flotte germanique ne laisse plus, à cet égard, aucun doute.
Charles Rabot.

UN AÉROPLANE GÉANT

Il y a quelque temps, le correspondant pétersbourgeois du journal sportif l'Aéro, télégraphia à son journal la nouvelle de la construction d'un aéroplane géant par un jeune étudiant de l'École technique de Saint-Pétersbourg, M. Igor Sikorsky; et la description de ce véritable navire aérien plus lourd que l'air parut si extraordinaire que nos confrères sportifs, y compris l'Aéro qui l'avait donnée, doutèrent fort de sa réalité.

De fait, si la Russie occupe dans le domaine de l'aviation la première place après la France par le nombre de ses appareils et de ses pilotes, elle se classe, au point de vue de la construction, à la suite de la plupart des pays ayant une industrie aéronautique propre. Elle est tributaire principalement de l'industrie française.

Or, on sait quelle longue pratique est nécessaire dans cette nouvelle industrie pour obtenir quelques progrès et sous ce rapport, seule la France, a pu prendre jusqu'ici toutes les initiatives. Et voici qu'on annonce la construction, dans le pays le moins préparé à cette fin, d'un aéroplane d'une hardiesse de conception et d'exécution véritablement impressionnante et dont la réalisation semble devoir ouvrir une voie nouvelle à l'aéronautique!

Cet appareil de Sikorsky est un biplan, dont la surface portante supérieure est plus grande que l'inférieure: elle a une envergure de 27 mètres et son étendue totale est de 130 mètres carrés. Le poids de l'appareil est de 3.000 kilos, et il peut soulever, en plus de son équipage et de ses passagers (au total dix personnes), des provisions et du combustible pour vingt heures et une charge de 800 kilos.

Il est muni à cet effet de quatre moteurs d'automobile de 100 chevaux chacun, faisant actionner quatre hélices. Le fuselage est en bois; à l'avant, est ménagé un balcon découvert, pour l'observateur. En arrière du balcon, est une spacieuse cabine vitrée pour deux pilotes, avec deux volants de conduite. Puis viennent une cabine plus grande pour les passagers, les dépôts de provisions, d'outils, etc., un couloir, et, enfin, une autre cabine avec un divan pour le repos et le sommeil.

La cabine, pour dix personnes, du biplan géant de
l'ingénieur russe Sikorsky.