Ces sommes formidables auraient été englouties dans la création d'usines de construction d'aéroplanes, la création de prix d'aviation, la fondation d'écoles de pilotage, l'acquisition d'un aérodrome et de deux châteaux,--et sans doute aussi dévorées en partie, au cours d'une vie trop large, en des compagnies ruineuses.

DEUX OMBRES DANS LE VIEUX PARC.
--«Serait-ce donc là ce qu'ils appellent les outrages du temps?»

C'est un peu «le grand parc solitaire et glacé» du poète, un parc nocturne, que les ombres de ses hôtes d'autrefois reviennent de temps à autre revoir, en familiers, à l'heure où les vivants l'ont déserté. Les nobles futaies ont pris plus d'ampleur; les boulingrins sont respectés et convenablement entretenus; on continue soigneusement de faire la toilette des ifs bien pomponnés,--car nous connaissons quels sont nos devoirs envers les souvenirs du glorieux passé. Pourtant, hélas! ceux qui ont charge de garder ces beaux lieux ne sauraient, quel que soit leur zèle, veiller assez jalousement pour empêcher quelques impiétés. Et sur tel socle du haut duquel des amours discrets entendirent jadis leurs tendres confidences, peut-être, aux jours heureux de la cour et des fêtes, les deux promeneurs d'outre-tombe ne sont pas peu surpris de voir, charbonnés ou gravés, des graffiti barbares, pour eux sans aucun sens. En vain ce revenant de l'avant-dernier siècle s'évertuera à déchiffrer ces grimoires. Qui est «Natole»? qui «Jules»? et qui «Liline»? Mais le fût poli où s'adossaient autrefois, aux heures des épanchements, les deux amoureux, et qu'avec cette divine illusion qui fait le meilleur charme de la vie des hommes, même les plus sceptiques, ils s'imaginaient devoir garder éternellement l'empreinte de leurs doigte enlacés, la pierre blanche est profanée... «Outrages du temps»? Et le contemporain de Lauzun va pivoter sur ses talons rouges, sans avoir compris.

CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER

Semaine de vacances... qui sera vide, ou peu s'en faut, d'attractions mondaines, mais où deux spectacles populaires valent d'être signalés à l'attention des étrangers: ce sera, demain dimanche, une fête nautique dans le bassin de la Villette: et vendredi prochain, jour de l'Assomption, les «courses sans entraîneurs», du Parc aux Princes.

Aussi bien pourquoi ne pas inviter la foule qui, dans huit jours, ira applaudir les coureurs du Parc aux Princes, et ne pas aller passer notre dimanche au delà des fortifications?

Paris, les dimanches d'été, n'est plus guère, en effet, dans Paris; il est où sont les Parisiens: à la campagne. Et ce n'est pas perdre son temps que de l'y suivre. Il ne faut pas se lasser de le répéter aux voyageurs qui passent: les monuments, les théâtres, les musées, les trésors de cathédrales--tout ce qui semble faire la splendeur d'une ville--ne décrivent pas son âme tout entière, et n'expriment, en tout cas, qu'une partie de ce qu'on pourrait appeler son visage. Baedeker ne dit pas tout; les dictionnaires non plus; et c'est justement à ces spectacles qu'ils ne mentionnent point parce qu'ils les dédaignent ou parce qu'ils les ignorent; c'est à ces tableaux d'intimité--et d'un pittoresque si changeant --qu'il faut s'arrêter, si l'on veut avoir vu Paris vivre, raisonner, sentir...

De ces visions, l'une de celles qui m'a toujours le plus amusé et, le dirai-je? le plus ému, c'est Paris, les dimanches d'été, à la campagne. Ce n'est pas un départ, c'est une ruée; c'est l'irruption frénétique--sur les champs--des pauvres petits rats des villes...