«Au cours d'une marche manœuvre vers le Hohneck, le 15e bataillon de chasseurs à pied, de Remiremont, sous les ordres du commandant Duchet, s'est trouvé en face d'un bataillon du 171e régiment d'infanterie allemande, en garnison à Colmar. Celui-ci a rendu les honneurs auxquels le 15e chasseurs a répondu. Les nombreux touristes qui étaient présents ont été profondément impressionnés.»
Nos gravures de cette page ajoutent à ce communiqué les détails amusants et complémentaires de l'illustration. L'ascension, en manœuvre, avait été laborieuse, évidemment, et les soldats des deux pays l'avaient achevée, curieusement, côte à côte pour ainsi dire, partageant la même fatigue, qui leur faisait à ce moment-là une âme sympathique et camarade. Aussi se salua-t-on élégamment en atteignant le sommet. Bien entendu, on n'alla point jusqu'à fraterniser. Chacun demeura du côté de sa borne frontière, laissant libre un passage neutre où, seul, un excellent curé touriste aventura son bon sourire et sa pacifique soutane. De part et d'autre, chacun chez soi, on fit la pause. Les Français, envahirent joyeusement la baraque-cantine tandis que les Allemands, malgré les rangs «rompus», conservaient presque l'alignement, les uns et les autres s'observant gaiement, avec un sourire curieux et bon enfant. Et, de nouveau, en partant, on se rendit galamment les honneurs.
A LA FRONTIÈRE DES VOSGES.--Les deux détachements au repos de chaque côté de la ligne frontière entre les deux, un prêtre excursionniste. Photographies E. Zeiger, Gérardmer.
CE QU'IL FAUT VOIR
PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER
On n'est pas plutôt sorti du Petit Palais,--où l'on était appelé par quelque exposition nouvelle «à voir», qu'une autre nouveauté vous y rappelle. Tout dernièrement, je vous y signalais les extraordinaires Gobelins--la série de Saint-Cloud--prêtés par le Garde-Meuble à la Ville, et qui seront pour quelques mois encore la parure du Petit Palais; et voici que de nouvelles richesses viennent l'orner. Il s'agit même ici d'un don, et non d'un prêt. Ce don est fait à la Ville par une artiste, une «femme-sculpteur» de beaucoup de talent, Mme Agnès Rossolin. Il comprend le tableau des Tombeaux, de Fernand Sabatté, qui fut un des bons envois du Salon de cette année, un remarquable buste de ce peintre par Mme Rossolin; une étude de fleurs du regretté peintre Lottin; une étude de Camille Roqueplan pour son tableau célèbre: les Prunes; un dessin de Forain, cinq aquarelles de Boudin, des dessins de Tony Johannot et de Guillaumet... Voilà de quoi intéresser les amateurs de peinture qui, venus à Paris dans un moment de l'année où les Salons chôment, ne seront pas fâchés de rencontrer çà et là quelques surprises dans les Expositions et les Musées demeurés ouverts, malgré les vacances, à nos curiosités et dont, peut-être, les richesses leur étaient déjà connues.
Une surprise pareille leur est réservée à Carnavalet où va être prochainement exposée une partie de la très curieuse collection de souvenirs relatifs à la Comédie-Française, et qui vient d'être donnée au Musée par Mme Edouard Pasteur. M. Edouard Pasteur n'était pas seulement un habitué fidèle; il était un amoureux fervent de la maison de Molière; et pendant quarante ans il en avait, dans sa propre maison, arrangé l'histoire présente et reconstitué l'histoire d'autrefois. Des tableaux (près de cent cinquante toiles), des dessins, des bustes, des statuettes, des médaillons, composaient ce précieux petit musée.
Les portraits de la plupart des sociétaires et des pensionnaires que connut au foyer de la rue Richelieu M. Edouard Pasteur, figurent dans cette collection. Si je dis qu'une partie seulement en sera présentée aux visiteurs de Carnavalet, c'est que, suivant la tradition observée à Carnavalet qui est un musée historique, les documents et œuvres postérieurs à 1890 n'y seront montrés que dans quelques années. L'exécution des portraits de nos sociétaires et pensionnaires contemporains avait été confiée par M. Edouard Pasteur à des artistes renommés; Chartran, Joseph Blanc, Schommer, Aimé Morot, sont parmi les signataires de ces toiles. Au total, excellente acquisition pour Carnavalet; mais ne pourrait-on reprendre ici un mot dont on a fait un tel usage qu'il en est fatigué, et dire que les musées n'ont que les richesses qu'ils méritent?
Si nos quatre musées d'art municipaux --Carnavalet, le Petit Palais, Galliéra, Cernuschi--doivent être comptés aujourd'hui au nombre des curiosités que l'étranger en visite à Paris n'a plus le droit de négliger, c'est qu'un esprit nouveau les anime, et qu'on a cessé de considérer comme une sinécure l'honneur de les administrer. Le conservateur d'un musée parisien, ce n'est plus un fonctionnaire sommeillant qui redoute les visites; c'est un artiste très éveillé qui les appelle; c'est, comme eussent dit les Concourt, un chercheur de neuf, incessamment préoccupé d'enrichir sa maison, de la rendre, au sens relevé du mot, plus «amusante»; d'en varier le programme.