Un musée est un spectacle. Le conservateur, pour bien faire son métier, doit se sentir, au fond de l'âme, des curiosités d'imprésario...

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Un homme qui vient de se conduire--sans le savoir peut-être--en imprésario très intelligent, c'est celui qui eut l'idée d'ouvrir à Paris une Exposition de l'Emballage!

Elle a été inaugurée ces jours-ci par un ministre. Elle est internationale, s'il vous plaît; et c'est la première du genre. On lui a livré la moitié de l'immense rez-de-chaussée du Grand Palais. Elle l'emplit fort bien.

--Une Exposition de l'Emballage? Vous voulez rire. Cela ne saurait intéresser que les commerçants, les entrepreneurs de transports, les commissionnaires... et les emballeurs!

A quoi je répondrai qu'une Exposition qui n'intéresserait «que les commerçants» intéresserait déjà bien du monde, et que ce ne serait pas avoir perdu son temps que de l'entreprendre. Mais non! l'Exposition de l'Emballage vaut d'être visitée par tout le monde. Elle est amusante; elle est instructive; elle est pleine d'imprévu; veut-on toute ma pensée? Elle est spirituelle; et je m'y suis infiniment diverti.

Allez vous y promener. Vous y verrez comment l'ingéniosité des hommes, qui crée et perfectionne les produits, a su s'appliquer aussi à mettre de plus en plus de sécurité et d'élégance dans les façons diverses de les transporter. Vous apprendrez comment sont employés à ces manipulations innombrables la fibre de bois, la paille et le foin; les papiers de toute espèce et les poussières de liège, et le «bois armé» et le «cuir armé»; vous admirerez la diversité des agrafes, crochets, crampons propres à assurer la solidité d'un emballage; et quel génie savent déployer nos emballeurs dans la confection de ces caisses, de ces boîtes de tous formats dont les architectures imprévues amusent l'œil, comme des jouets. La Chambre syndicale de la droguerie a fait au Grand Palais une Exposition très édifiante: celle de produits exotiques importés par nos droguistes--aloès, maté, quinquina, baume de tolu, poivre de Cayenne, pyrèthre, essence de badiane, rhubarbe et cannelle de Chine, coca de Bolivie, civette d'Abyssinie--et présentés sous l'enveloppe même--toile grossière, natte, coffret peau brute ou corne --que l'expéditeur emploie à leur transport. Que nous voilà loin de ces procédés sauvages!

Près de ce stand allez voir celui où nos chimistes exposent les plus dangereux de leurs produits, emballés suivant les procédés qui en rendront le transport inoffensif. Et voici d'autres chefs-d'œuvre: les mécaniques à emballer! Ici, c'est l'étroite bobine de papier qui se déroule, s'imprime en couleur, se découpe, se plie, se colle, et devient, en quelques secondes, la plus coquette des petites boîtes à chocolat; plus loin, c'est une autre feuille de papier qui marche, se transforme en sac, elle aussi; puis est saisie par des doigts métalliques plus délicats que des mains humaines, qui remplissent ce sac de café, en vérifient le poids, le rejettent s'il ne pèse pas, à un gramme près, ce qu'il faut qu'il pèse; et autrement le ferment, et le déposent avec précaution sur l'alignement des sacs déjà remplis. Je vous dis qu'à l'heure qu'il est les machines elles-mêmes ont de l'esprit!

Il faut voir l'Exposition du Grand Palais.
Un Parisien.

AGENDA (16-23 août 1913).