Oeuvre du statuaire gantois Georges Verbanck, ce monument est un peu massif, mais original et imposant. Sur les larges degrés, en hémicycle, un double cortège ascendant de personnages en bronze vert--adultes et enfants--figurant l'humanité de tous les âges vient faire l'offrande de ses fleurs, de son adoration, aux deux peintres immortels du quinzième siècle, assis côte à côte sur leur siège d'idéale royauté. Au dos du monument de pierre grise, sur lequel tranchent toutes ces figures, s'éploient les ailes d'un ange hiératique encadrant la Muse de l'Art pictural et dont les mains tiennent la couronne méritée par ces deux chefs de l'école des primitifs. Sur le soubassement du monument se détache une théorie de cartouches polychromes reproduisant les armoiries des pays qui ont souscrit à cette œuvre de glorification.
Rien n'a manqué, au point de vue de l'enthousiasme public, à cette exaltation des deux sublimes artistes. Le précieux passé flamand auquel ils appartinrent les a salués en quelque sorte, en même temps que la génération actuelle. Car, après les discours, un cortège historique, richement et archaïquement costumé, a défilé au son des fifres et des flûtes devant le monument. Et on eût dit les grands seigneurs et grandes dames de la cour de Philippe le Bon ressuscités pour venir s'incliner, comme la société du vingtième siècle, devant les images de bronze de leurs deux illustres contemporains.
LE PEINTRE AIMÉ MOROT
M. Aimé Morot.--Phot. A. Braun et Cie.
A Dinard, où il était en villégiature, le peintre Aimé Morot, membre de l'Institut, professeur à l'École des Beaux-Arts, commandeur de la Légion d'honneur, vient de succomber, âgé seulement de soixante-trois ans, vaincu par une maladie dont il souffrait depuis longtemps. Le portrait que nous donnons de lui avait été fait il y a cinq ou six ans, alors qu'il était encore officier de la Légion d'honneur.
Nancéen d'origine, il avait étudié à l'atelier Cabanel, d'où il était sorti avec le grand prix de Rome (1873).
Au Salon de cette même année, il débutait avec une toile mythologique remarquée pour sa fraîcheur et sa belle juvénilité, Daphnis et Chloé. Il y montrait déjà ce souci de conception, de précision du dessin, cette conscience qui devaient l'imposer plus tard comme un maître, quand son habileté, sa science de la technique si compliquée de l'art pictural se furent affirmées.
Enumérer ses œuvres, c'est rappeler autant de succès. Ce sont: la Médée, du Salon de 1877; la Bataille des Eaux sextiennes, de 1879; le Bon Samaritain, qui lui valut, en 1880, la médaille d'honneur; cette émouvante Charge des cuirassiers à Reichshoffen, l'un des plus beaux spécimens de la peinture militaire contemporaine,--pour ne citer que les pages les plus retentissantes.
La municipalité de Nancy, sa ville natale, lui avait confié la décoration des salons de son Hôtel de Ville; il fut aussi de la pléiade chargée de décorer l'Hôtel de Ville de Paris. Enfin, il laisse de nombreux portraits, entre autres celui de Léon Gérome, le peintre et le sculpteur célèbre, de qui il avait épousé l'une des filles.