Rabat: l'embouchure de l'oued Bou Regreg et la barre,
vues de la tour Hassan.
Minaret de la Koutoubya, à Marrakech.
Tanger vue de la mer.
Les esprits les plus chagrins ne peuvent méconnaître, en effet, le prodigieux essor de l'Algérie et de la Tunisie, dont la prospérité, depuis ces dernières années surtout, commande l'admiration des plus sceptiques, en particulier celle des étrangers. Or, le Maroc sera précisément le déversoir des activités surabondantes qui ne trouvent déjà plus leur emploi sur le sol algérien. Les fils, si nombreux, de nos colons ont de suite essaimé vers la terre nouvelle, non plus en enfants perdus comme, autrefois, leurs pères dans l'Algérie nouvellement conquise, mais largement nantis de capitaux, confiants et pourvus de l'expérience déjà acquise sur la terre africaine.
Comme le voilà déjà loin de nous, ce vieux Maroc vermoulu des diplomates, autour duquel tant d'intrigues stériles ou néfastes se nouèrent et se dénouèrent, pour le plus grand profit de nombreux aigrefins, enturbannés ou non, hommes de proie qui savaient si bien troubler l'eau, pour y mieux pêcher, que l'imbroglio marocain semblait, en s'éternisant, devenir une de ces maladies chroniques et incurables des sociétés agonisantes, dont la vieille Turquie, après tant d'autres dans l'histoire, a donné au monde le lamentable spectacle.
Il y a maintenant un Maroc nouveau, que la France généreuse a entrepris d'assainir, de revivifier et de conduire vers un avenir prospère.
Ce Maroc nouveau, je viens de le parcourir avec facilité, dans la sécurité la plus absolue et je ne saurais exprimer ici toutes les fortes joies que j'ai éprouvées à voir si activement et si fructueusement unis dans l'oeuvre commune colons et fonctionnaires, soldats et ingénieurs. Et ce qui m'a le plus frappé, ce qui m'a le plus étonné, ce à quoi je m'attendais le moins, c'est l'excellent état d'esprit des populations marocaines à l'égard de la France et le loyal acquiescement des vaincus au nouvel état de choses.
Lune de miel peut-être, mais qui s'explique assez facilement d'ailleurs par ce fait que, depuis l'arrivée des Français au Maroc, un véritable Pactole coule à pleins bords dans le pays. Nous avons apporté tant d'argent là-bas! Le renchérissement de tout ce qui s'achète, terres, animaux, fruits, légumes, poissons, volaille, denrées de toutes sortes, a été si rapide et a pris de telles proportions que les principaux bénéficiaires--les indigènes du plus petit au plus grand--ne peuvent que se réjouir de cette fortune imprévue. En outre, les procédés employés à leur égard par les administrations, civiles et militaires, ont été empreints d'une telle bienveillance qu'ils seraient mal venus à regretter l'ancien régime.