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Cela dit, et la situation ainsi jugée dans son ensemble, je ne cacherai pas qu'il y a, comme dans toute médaille, un revers, et que quelques ombres se projettent sur le tableau.
Ainsi, ceux qui n'ont pas dépassé Casablanca, et qui ne manqueront pas de s'étonner de mon optimisme, ont sans doute emporté du Maroc nouveau une impression moins heureuse.
Couloirs et jardins du palais de la Baya, à Marrakech.
Le premier contact avec la terre marocaine, pour qui débarque dans le grand port--ou mieux, ce qui devrait être le grand port--de l'Atlantique marocain, est, en effet, plutôt décevant. Tout d'abord, l'aspect lamentable de ces quais trop étroits et mal organisés, encombrés jusqu'à l'invraisemblable de marchandises disparates confondues dans un désordre, jetées dans un tohu-bohu indescriptibles, le coudoiement d'une populace cosmopolite dans les rues d'une ville en plein travail d'enfantement, disposent mal à la bienveillance.
Là s'est donné rendez-vous, pour la curée, toute une écume sociale fort peu intéressante. Et, d'autre part, la fièvre des spéculations sur les terrains y sévit avec rage! Quelle poussée, quelle ruée d'appétits vers ces profits à réaliser sans efforts, tout de suite! Quels éclairs de convoitise allument les regards quand sont cités des exemples de fortunes subites, faites comme sur un coup de dés... A côté de cela, une autre fièvre, créatrice celle-ci, qui emporte tout dans un tourbillon vertigineux! Aucun effort stérile. Toute entreprise un peu réfléchie couronnée de succès immédiat, prédisposant malheureusement les mieux trempés au gaspillage, à la vie large, à la «fête». Partout de l'action, de la vie intense, des appétits déchaînés, une surabondance d'énergies, le grand «rush» en un mot, soutenir par l'or, par l'alcool, par l'aiguillon des désirs souvent immodérés de fortune rapide... Telles sont les visions, les sensations fiévreuses, les impressions irritantes du premier accès au Maroc.
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Mais, sitôt franchis les faubourgs de Casablanca, tout change. Et l'on admire l'oeuvre intelligente, méthodique et rapide de la civilisation. Voici d'abord les grandes plaines de la Chaouïa. Des pistes provisoires l'ont ouverte aux premiers essais de colonisation agricole et, en maints endroits déjà, des routes remplacent ces pistes. Aussi les 246 kilomètres qui séparent Casablanca de Marrakech sont-ils aujourd'hui sillonnés de services d'autos pour les voyageurs et de camions automobiles pour les messageries.
Que nous sommes loin des débuts si difficiles de l'Algérie des premiers jours! Le chameau, le mulet et, pour les gens pressés, la patache étaient alors les seuls moyens de transportée télégraphe aérien de Chappe, l'unique organe de communication un peu rapide.