Par la T. S. F. aujourd'hui arrivent à tout instant les nouvelles de France, transmises directement de la tour Eiffel à Casablanca, à Eabat ou à Fez. Et, pour les communications intérieures, la T. S. F. étend ses invisibles ramifications un peu partout jusque dans les petits postes échelonnés sur les routes d'étapes. Aussi que de facilités pour éviter toute surprise de l'ennemi, administrer, faire rayonner la pensée directrice du chef! Et pour le public, en général, quelle célérité dans l'expédition des affaires, l'organisation des menus détails d'un voyage!

A Marrakech, les touristes de l'avenir auront beaucoup à voir. D'abord la palmeraie, immense, qui encercle la ville, très étendue elle-même dans la vaste plaine. Puis les souks, avec leur animation pittoresque, quartier des cuivres, quartier des étoffes, des tanneries malodorantes, grand marché, bazar des pantoufles et des maroquineries (une des spécialités de Marrakech), toute cette vie orientale que saura conserver intacte, avec toute sa couleur locale, une administration intelligente, assagie par les funestes expériences des grandes villes algériennes dont une modernisation vraiment barbare a détruit tout le caractère. Aussi saura-t-on gré au général Lyautey de faire tous ses efforts pour diriger l'édification des cités européennes à côté et non point au milieu des villes indigènes, ce qui, à la fois, sauvegarde la tradition locale, et permet d'assurer le confort du progrès aux villes nouvelles.

Cour intérieure du palais de la Baya.

Parmi tant de beaux monuments de Marrakech, la mosquée de la Koutoubya, avec son élégant et majestueux minaret, mérite une mention spéciale. On sait qu'au treizième siècle le sultan Almohade Abou-Yousef-al-Mansour, dont l'empire comprenait, avec le Maroc, l'Andalousie arabe, fit construire simultanément à Séville, à Rabat et à Marrakech trois minarets presque identiques, copiés sur le modèle du minaret de la mosquée des Ommeyades de Damas.

Celui de Séville est devenu le clocher de la cathédrale, la fameuse Giralda. Les lecteurs de L'Illustration ont pu voir dans un récent article ce qui reste du minaret de Rabat, la tour Hassan. Aujourd'hui, nous plaçons sous leurs yeux l'élégante silhouette du minaret de la Koutoubya, au milieu des jardins d'oliviers, de grenadiers, de figuiers et d'orangers qu'entrelacent les frondaisons luxuriantes des vignes, des jasmins et des roses.

Il faut signaler également le palais dit de la Baya qu'édifia, il y a quelque vingt ans, le grand vizir du jeune Moulai Abd-el-Aziz. Cette construction récente atteste le bon goût et l'habileté des artisans modernes qui ont su garder, là comme à Rabat et à Fez, les belles traditions du passé.

De Casablanca, une autre route praticable aux automobiles, et améliorée de jour en jour, conduit à Rabat, capitale choisie provisoirement par le général Lyautey, et qui deviendra, il faut l'espérer, la capitale définitive du protectorat marocain.

Cette question du choix de la capitale a eu le don, on ne sait trop pourquoi, de passionner l'opinion publique en France et, à leur retour du Maroc, c'est sur ce sujet que sont tout d'abord et toujours interrogés les voyageurs. Sans la moindre hésitation, je formule ici nettement ma prédilection pour Rabat.