Près de la gare, au premier étage d'un immeuble, deux sous-officiers, occupant chacun deux pièces et une cuisine, ont un loyer annuel de 250 francs; dans le centre, un lieutenant, pour trois pièces et une cuisine, paie 400 francs; un capitaine, pour un appartement plus vaste, mais situé au-dessus d'un café, 550 francs. Dans les hôtels, la pension varie de 90 francs à 110 francs.

A Labry enfin, il eût été matériellement impossible de loger les officiers et sous-officiers ailleurs qu'en campement chez l'habitant. Le problème aurait donc dû s'y poser plus ardu encore qu'ailleurs; mais, dès que la décision ministérielle prévoyant à Babry l'établissement d'une garnison fut connue, une initiative privée, que nous avons déjà signalée, vint seconder les efforts des autorités militaires. Le même entrepreneur qui, avec une rapidité très remarquée, et dont le complimenta le ministre de la Guerre lors de son inspection, édifiait les casernes, mit une égale énergie à construire les pavillons destinés aux officiers et sous-officiers: insuffisants encore en nombre poulies loger tous, ils peuvent servir d'exemple à ceux qui voudraient compléter cette belle entreprise. Les appartements, sains et aérés, comprenant deux et trois pièces et une cuisine, sont loués 350 francs et 450 francs aux sous-officiers. Plus confortables et plus coûteux aussi, les appartements ou les maisons réservés aux officiers comportant un loyer de 700 à 1.800 francs; mais de belles et nombreuses pièces leur sont offertes pour ce prix, et l'électricité, l'eau, le chauffage, leur assurent de précieuses commodités.

Il serait à souhaiter que d'autres initiatives arrivent à des résultats aussi heureux. La Société Immobilière que dirige un ancien officier du génie, le général Drouhez, a déjà acquis des terrains dans cette région de l'Est; mais, reculant devant la difficulté de faire bâtir cette année à cause de l'augmentation de la main-d'oeuvre, elle a remis sa tâche à plus tard. Pourquoi, d'autre part, n'appliquerait-on pas aux constructions de ce genre le principe des habitations ouvrières à bon marché? On pourrait voir ainsi s'élever des cités nouvelles qui, prenant comme centre la vie militaire, lui emprunterait sa régularité et son ordonnance.

Mais au problème du logement s'ajoute celui, non moins important, de la nourriture. Déjà cette question se posait dans notre région de l'Est avant l'arrivée des nouvelles troupes: elle s'est, depuis, singulièrement compliquée.

Pavillons pour sous-officiers, édifiés à Verdun par les soins
du génie.

L'enchérissement des vivres vient tout d'abord de l'insuffisance du sol à nourrir l'immense population qui vit sur lui. Depuis de nombreuses années, l'exploitation des bassins de Briey, Longwy, Pont-à-Mousson, a transformé les paysans en mineurs et amené un nombre d'ouvriers considérable dans la contrée. Le prix de la vie a augmenté et, naturellement, ceux qui peuvent dépenser le plus, les ouvriers et les employés des usines et des mines dont le salaire est élevé, accaparent la meilleure partie des objets de première nécessité,--au détriment des fonctionnaires et des officiers qui, avec de modestes ressources, ne peuvent arriver que difficilement à subvenir à leurs besoins. Justement ému par cette situation, le ministre de la Guerre a accordé aux officiers et sous-officiers des garnisons de Labry, d'Etain et de Stenay l'indemnité de résidence affectée à la garnison de Paris. Peut-être pourrait-on faire davantage encore en essayant de faciliter d'une façon générale la vie matérielle des habitants de nos régions de l'Est. Sans doute tous les capitaux ont-ils été absorbés depuis dix ans par toutes les entreprises industrielles qui se sont développées dans cette partie de la France. Mais, de l'intérieur du pays, de Reims, de Lille, d'Amiens, les producteurs ne pourraient-ils venir installer sur notre frontière des magasins, des succursales où nos soldats trouveraient, au point de vue de l'alimentation surtout, tout ce qui leur est nécessaire? Il semble que cet effort pourrait être tenté et que, si commerçants, compagnies de transport, autorités civiles et militaires se mettaient d'accord, d'appréciables résultats seraient obtenus dans ces régions de frontière.
Georges Servant.

UN JOLI SITE MENACÉ: LES CASCADES DE GIMEL. Cliché M. Beynié.

Il y a peu de mois, au moment où les syndicats d'initiative du Centre faisaient leur grand appel au tourisme et conviaient le président de la République à venir admirer les sites du Limousin, du Périgord et du Quercy, le conseil municipal d'une commune de la Corrèze donnait à un industriel allemand, M. Streubel, l'autorisation de dériver les eaux qui alimentent les cascades de Gimel. C'était la fin des merveilleuses chutes qui sont l'un des trésors touristiques du Limousin.