Bien que le site eût été classé depuis plusieurs années, sur la demande même du propriétaire du terrain des cascades, le peintre Gaston Vuillier, l'industriel allemand, fort de la délibération du conseil municipal de Gimel, n'a pas hésité à commencer les travaux de captage en amont des cascades. Ces travaux, il est vrai, ont été arrêtés presque aussitôt par les agents des Eaux et Forêts, et procès-verbal a été dressé contre M. Streubel qui ne s'était pas encore muni des autorisations administratives nécessaires. Mais l'affaire n'est malheureusement pas close. La protection des paysages est assez médiocrement assurée par notre législation actuelle et l'on peut seulement espérer que l'on parviendra à sauver les cascades limousines dont cette photographie montre la puissante beauté.

CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS

J'ai reçu, cette semaine, les doléances, d'ailleurs fort courtoises, d'un étranger qui est venu montrer Paris à ses enfants, à l'occasion des vacances de la Toussaint, et qui me déclare avoir rapporté une assez fâcheuse impression d'une promenade qu'il a faite avec eux au Jardin des Plantes. Cet étranger, qui aime et qui admire Paris, n'y était pas revenu depuis un assez grand nombre d'années. Entré au Muséum par la porte principale de la place Valhubert, du côté de la Seine, il s'est dirigé vers la partie des jardins où le portaient ses souvenirs de jeunesse: vers les cages des animaux féroces et des oiseaux de proie, la grande volière et le pavillon des reptiles, la fosse aux ours et la rotonde des «grands animaux». Il reconnaît que le spectacle donné aux hommes par tant de bêtes assemblées n'est pas moins intéressant aujourd'hui qu'il ne l'était autrefois; mais il a trouvé minable, en général, l'aspect des bâtiments où ces bêtes sont logées; il lui a semblé, me dit-il, que cette riche exposition était un peu compromise aux yeux du passant par la pauvreté de son décor. Ce fut sa première déception. Il en éprouva une autre quand, au seuil des galeries qu'il eût désiré visiter, des gardiens l'arrêtèrent, lui demandant le billet d'entrée qu'il n'avait pas. Et il conclut mécontent: «Le Jardin des Plantes a donc cessé d'être un jardin public?»

Eh non, le Jardin des Plantes est bien un jardin public, et c'est même, monsieur, sa faiblesse... Car, si les visiteurs étaient obligés de donner, pour y entrer, un peu d'argent, la vénérable Maison de Guy de Labrosse, de Buffon et de Bernardin de Saint-Pierre serait plus riche. On aurait le moyen d'y loger les animaux aussi somptueusement, au moins, qu'en ces jardins zoologiques payants de l'étranger, dont on nous oppose trop facilement l'exemple. On aurait le moyen d'édifier; on n'a même pas, actuellement, celui de démolir! Et c'est, pour les amis du Muséum, un vrai sujet de tristesse--et presque un sujet d'humiliation--que le spectacle de ces vieilles galeries de la rue Cuvier qu'on utilise encore, tant bien que mal (car telle est la richesse croissante de nos collections qu'il les faut bien entasser où on peut!) et dont les carcasses vermoulues devront rester debout, tant qu'on n'aura pas l'argent qu'il faut pour les jeter par terre...

Heureusement, il n'y a pas au Muséum que ces galeries-là: il y a les trois maisons admirables dont mon correspondant se plaint qu'on lui ait interdit l'entrée,--qui est libre deux jours par semaine, et, les autres jours, réservée aux travailleurs, aux personnes qu'effraye le bruit de la foule. Mais à ceux-là est délivré gratuitement, sur leur demande, le billet de famille qui leur permettra de s'instruire le plus commodément du monde, de s'instruire et de s'enthousiasmer au spectacle des richesses les plus étonnantes, des plus rares trésors que le génie humain ait accumulés en aucun musée de l'Univers. Les deux palais de la Zoologie et de l'Anthropologie, de construction relativement récente, le palais de la Géologie, des Minéraux et de la Botanique, dont l'unique galerie, vieille de près d'un siècle, constitue, en sa simplicité, l'un des plus augustes décors qui soient à Paris,--voilà, pour le touriste étranger qui consent à ne pas aimer de Paris que ses boulevards et ses music-halls, l'une des premières choses et des plus nécessaires qui soient à voir! D'autant que pour revenir du Jardin des Plantes aux Champs-Elysées, il y a le bateau,--pour deux sous! Et je vous ai déjà dit le charme unique de cette promenade.

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En attendant le Salon d'automne où nous serons conviés bientôt, diverses petites expositions sollicitent, çà et là, nos curiosités. Je ne vous recommande pas celle des Synchromistes; mais je la signale simplement, et par acquit de conscience, comme j'ai précédemment signalé celles où le cubisme, le futurisme, l'orphisme s'épanouissaient. Les fondateurs de cette école nouvelle en ont exposé la raison d'être et l'objet dans une petite brochure que deux ou trois échantillons de «synchromie» accompagnent. N'essayez pas de comprendre; ce serait une peine inutile. Mais ne vous moquez pas, non plus; car rien ne nous autorise à douter que ces inventeurs d'on ne sait quoi ne soient sincères.

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Retournez plutôt au Louvre. Dans la salle Mollien, affectée à la peinture du dix-septième siècle, vient d'être provisoirement exposé--en attendant que soient constituées les salles d'Orient--le fameux tapis persan provenant de l'ancienne collégiale de Mantes, et récemment acquis par l'État. C'est un morceau unique. Il date de la seconde moitié du dix-septième. Tissé en soies et en laines du coloris le plus somptueux, le tapis de la salle Mollien offre aux yeux l'un des plus splendides échantillons qui soient d'un art où se combinent si curieusement «l'esprit de géométrie» et le sens du pittoresque éperdu. Un pan de toile peinte à l'aquarelle remplace une partie du tapis, coupée... on ne sait quand! Ce n'est pas une des moindres originalités de l'oeuvre, acquise au prix de 30.000 francs.