Le mécanicien Dumaine, qui
conduisait le train tamponneur.
Il y a là évidemment une situation dangereuse à laquelle la Compagnie P.-L.-M. songe à remédier en établissant un saut de mouton, c'est-à-dire en opérant le croisement à des niveaux différents. Mais aucun accident ne doit se produire si les signaux sont observés par les mécaniciens. Les deux postes sémaphoriques établis en amont et en aval de Melun sont solidaires; un système d'enclanchement automatique empêche que par erreur on accorde simultanément le passage à deux trains pouvant se rencontrer. Les trains venant de Marseille trouvent à environ 1.500 mètres avant Melun le disque rouge ou signal avancé; à 500 mètres de là, c'est-à-dire à 1 kilomètre de la gare, un disque vert prescrit au mécanicien de ramener sa vitesse à 20 kilomètres à l'heure environ, enfin plus loin la sortie de la gare est commandée par le signal carré, signal d'arrêt absolu situé à 150 mètres environ du lieu où s'est produit l'accident.
L'enquête semble avoir établi que tous les signaux étaient fermés et qu'ils ont été «brûlés» par le mécanicien du rapide n° 2 venant de Marseille. Ce dernier, du reste, aurait fait des aveux.
Ce rapide marchait à une allure d'environ 100 kilomètres; ayant à peine franchi la gare de Melun, il prenait en écharpe et anéantissait les deux premières voitures du train-poste n° 11 qui venait de s'engager sur la voie transversale; en même temps, les trois fourgons à bagages du train tamponneur, un wagon-poste qui suivait, deux voitures de seconde classe, étaient écrasés. Aussitôt, un incendie se déclarait au milieu des débris où se tordaient, en hurlant de douleur, les malheureux plus ou moins broyés.
| Les débris d'un wagon postal. | Le tri des lettres sur la voie. |
M. Poincaré visite les lieux de la catastrophe: à sa
droite, M. Dervillé; à sa gauche, le préfet de Seine-et-Marne;
derrière eux, M. Massé, ministre du Commerce et des Postes.
Le train-poste tamponné emmenait 68 agents des Postes et comprenait sept wagons à destination de Besançon, du Mont-Cenis, de Lyon, de Pontarlier et de la côte méditerranéenne.
A l'heure où nous écrivons, on ignore le nombre exact des victimes. Sur 39 cadavres, 14 seulement ont été identifiés; 14 blessés sont soignés à l'hôpital de Melun.